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Ce n’est pas un poissson d’avril : Facebook veut plus de réglementation gouvernementale

Remarquable : Mark Zuckerberg, le grand patron de Facebook, lance un appel aux gouvernements et aux régulateurs « pour qu’ils jouent un rôle plus actif ». Il souhaite donc davantage de règles pour les réseaux sociaux, après un autre drame de relations publiques, cette fois autour des meurtres à Christchurch. Ceux-ci ont été diffusés en direct sur Facebook. Les gouvernements doivent donc réglementer davantage, dit-il. Mais la vraie question, c’est s’il le pense vraiment.

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“Quand le renard prêche la passion, faites attention à vos oies.” C’est ainsi que Philippe De Backer (Open Vld), ministre belge de la Stratégie numérique, résume bien le sentiment qui règne quand Mark Zuckerberg semble avoir soudain vu le jour.

Samedi, dans le Washington Post, il a écrit un article d’opinion saisissant intitulé « Internet a besoin de nouvelles règles. » Il écrit notamment: « Je crois que les gouvernements et les régulateurs devraient jouer un rôle plus actif ». Zuck plaide pour une plus grande ingérence de la part des gouvernements, contre lesquels il se bat depuis des années, et a même activement tenté de saper lors de l’introduction des nouvelles règles européennes de confidentialité du RGPD.

Des règles, oui … tant qu’elles ne touchent pas le core business de Facebook

Mais un autre incident grave a mis Facebook au coeur de la tourmente : le meurtre commis à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, a  été retransmis en direct depuis le compte Facebook de l’auteur dans le monde entier.

Mais Zuckerberg veut-il vraiment la régulation de l’internet ? Pas si vous lisez bien son article. Typiquement Américain et de la Silicon Valley, il considère que le rôle du gouvernement doit être plutôt limité. Tant qu’il ne s’approche pas du core business de Facebook, vendre des publicités dans la « timeline » des gens, cela lui convient.

Entretemps, Facebook a pris des mesures après Christchurch. Soudain, le nationalisme et le séparatisme blanc sont interdits. Mais ce qui est permis et ce qui ne l’est pas n’est pas clair du tout. Et en attendant, Facebook regorge toujours de fake news, y compris sur les vaccins.

L’UE joue un rôle de pionnier dans la lutte contre l’érosion de la vie privée

Mais sur Radio 1, le ministre Philippe De Backer (Open Vld) a été clair : «Cela fait partie de leur business model d’avoir le plus d’informations possible diffusées et partagées avec enthousiasme. De ce point de vue, ils sont donc à la racine du problème. » Bien que De Backer soit un ministre «belge», il est frappant de constater que, dans le débat sur Facebook, il ne parle que de l’Europe. La vérité est que la Belgique ne peut pas faire grand chose par elle-même pour imposer des règles aux grands acteurs de la Silicon Valley.

La Commission européenne est puissante à partir de l’Europe, ne serait-ce que parce qu’elle dispose également d’un pouvoir économique : elle peut imposer des règles à l’ensemble du marché européen et infliger de lourdes amendes. Ces dernières années, Google en particulier s’est retrouvée dans sa ligne de mire en la matière : elle a été condamnée à 3 reprises à payer des amendes de plusieurs milliards d’euros.

Pour Facebook, les «règles du RGPD» constituent une avancée majeure : l’UE pourrait soudainement protéger bien davantage la vie privée de ses citoyens. Le gouvernement a contraint les grands acteurs à être plus attentifs à ce qu’ils font avec les données des citoyens de l’UE. Zuckerberg était d’ailleurs très fortement opposé à ce RGPD: au tout dernier moment, il a supprimé toutes les données des non-Européens d’Europe, uniquement pour les soustraire aux règles européennes.

Le modèle économique de Facebook consiste à diffuser le plus d’informations possible avec empressement

De Backer prédit encore plus d’initiatives de l’UE : «Un code de conduite a été élaboré au niveau européen en décembre. Il doit y avoir une transparence en ce qui concerne le paiement des publicités, les messages de haine doivent être mis hors ligne beaucoup plus rapidement. De plus, ils doivent agir beaucoup plus rapidement contre tout ce qui concerne la diffusion d’informations par le biais de bots. Nous devons absolument travailler ensemble au niveau européen. »

Mais De Backer voit un conflit systémique avec Facebook, qui ne sera pas résolu en un clin d’oeil maintenant que Zuckerberg a «vu le jour».

«Le Canada et le Japon sont en train de s’approprier le RGPD. Mais le business model de Facebook repose sur la collecte d’un maximum de données sur les personnes. Et ils réalisent leur succès simplement en donnant autant d’informations que possible aux gens. Alors permettez-moi d’être sceptique quant à l’appel de Zuckerberg pour « plus de gouvernement ».

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