Zone Euro : Tout le monde a un emploi, mais personne ne gagne bien sa vie

1. Le « Sous-emploi »

Jamais il n’y a eu moins de chômeurs qu’aujourd’hui dans la zone euro au cours des huit dernières années. Le taux de chômage dans la zone a chuté du plus haut niveau qu’il avait atteint, soit 12 % à 9,5 % en avril. Depuis 2013, plus de 5 millions de personnes ont retrouvé un emploi dans la zone euro. A première vue, donc, rien que des bonnes nouvelles, mais une étude réalisée par la Banque centrale européenne pointe vers un grand problème sous-jacent : en dépit de la baisse du chômage, les salaires n’augmentent pas.

Pourtant, c’est ce qui se produit normalement lorsque plus de gens ont un emploi. Les employeurs doivent offrir de meilleures conditions pour attirer les meilleurs talents qui se raréfient sur le marché du travail.

Des salaires plus élevés confèrent un plus grand pouvoir d’achat, ce qui augmente l’inflation. Les gens qui ont plus d’argent peuvent dépenser plus, ce qui augmente la demande et fait monter les prix.

Mais dans le dernier bulletin de la Banque centrale européenne (BCE), il semble que cette dynamique – qui veut qu’une baisse du taux de chômage conduise automatiquement à des salaires plus élevés – ne soit plus présente.

La BCE voit deux raisons :

Ce sous-emploi implique que beaucoup de gens travaillent, mais qu’ils effectuent moins d’heures qu’ils ne le souhaiteraient. Les personnes qui trouvent un emploi à temps partiel alors qu’elles cherchaient un travail à plein temps disparaissent automatiquement des statistiques du chômage, mais elles travaillent moins qu’elles le souhaiteraient. Depuis 2010, le nombre de personnes qui se décrivent sans emploi est passé d’un million à 7 millions. Selon la BCE, 18 % des actifs sont en situation de sous-emploi, c’est-à-dire qu’ils sont sans emploi, ou ne travaillent pas autant qu’ils le souhaiteraient. Le seul pays qui a échappé à cette tendance est… l’Allemagne.

Cette conclusion résonne avec les travaux d’une recherche antérieure menée par Bank of America Merrill Lynch (BAML). Gilles Moec de BAML avait démontré qu’une grande partie de la création d’emplois au cours des quatre dernières années avait porté sur des emplois « de qualité dégradée ». Il s’agit d’emplois temporaires, requérant peu de compétences mais beaucoup de flexibilité – pensez à Uber, Deliveroo, etc … – qui font souvent partie de ce que l’on nomme parfois « l’Economie des petits boulots ».

Le marché du travail dans la zone euro est en train de suivre l’évolution que les États-Unis et le Royaume-Uni ont connue depuis la crise financière, et que l’on a parfois décrite avec l’expression : « job riche, wage poor » (Riche d’emploi, mais pauvre de salaire).

Récemment, Edward Luce, rédacteur en chef pour les Etats-Unis et commentateur du Financial Times, avait fait le même constat en rappelant que selon les données du cabinet de conseil McKinsey, plus de 160 millions d’Occidentaux travaillaient aujourd’hui dans l’économie des petits boulots. Il émettait la prédiction suivante :

« Au fur et à mesure que des millions de Français, de Britanniques, d’Américains et d’autres Occidentaux remplaceront dans les années à venir leur emploi sécurisé avec une pension par des emplois de travailleurs indépendants sans avantages sociaux, leur sentiment d’insécurité s’intensifiera. […] Avant, l’Etat occidental  protégeait les individus contre les vicissitudes du marché, mais il se désiste de plus en plus de ce rôle. »

Il concluait que la montée du populisme dans l’UE est sans doute l’une des conséquences de cette érosion de la classe moyenne.

 

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