Economie

L’introduction en bourse de WeWork: « Si tout se passe mal au même endroit, toute la structure s’effondre »

L’introduction du marché du travail flexible a généré un certain nombre d’effets secondaires notables ces dernières années. L’un d’entre eux est l’émergence des espaces de coworking de WeWork. La société loue des postes de travail pour des entreprises et des indépendants et compte 528 agences dans le monde entier, réparties dans 111 villes, dont Bruxelles et Amsterdam. 

WeWork peut compter sur un certain nombre de grands investisseurs, dont le Vision Fund de la société japonaise Softbank. Mais pour financer sa croissance, il faut toujours plus d’argent et c’est pourquoi la société se dirige rapidement vers le marché boursier. On ne sait pas encore quand cela se produira, mais maintenant que la demande a été déposée auprès de la SEC, cela peut possiblement se produire sous un délai minimum de quatre semaines. La valorisation de l’entreprise s’élève à environ 47 milliards de dollars, sur la base d’un tour de table au début de l’année.

Cela fait de WeWork la dernière d’une longue série de start-ups à croissance rapide dotées de valorisations stratosphériques, alors qu’elles n’ont jamais réalisé de bénéfices.

De plus, la documentation financière publiée par la société soulève plus de questions qu’elle n’y répond. En particulier celles portant sur le business model de WeWork, de la stratégie à long terme du CEO Adam Neumann et du contrôle de l’entreprise.

Quelques chiffres sonnent l’alarme

  • Pour chaque dollar que WeWork a gagné l’an dernier, elle a dépensé 1,22 $. WeWork a perdu 1,6 milliard de dollars l’an dernier sur un chiffre d’affaires de 1,8 milliard. 
  • Les revenus générés par la société grâce à la location de bureaux sont à peine plus élevés que les coûts de location qu’elle doit payer elle-même.
  • La société a conclu des contrats de location à long terme d’une valeur de 47 milliards de dollars d’une durée moyenne de 15 ans.
  • Le CEO fondateur, Neumann, gagne des millions en louant à WeWork des propriétés qu’il possède totalement, ou pour partie. Il a également retiré 700 millions de dollars de la société en vendant des actions ou en contractant des emprunts.
  • WeWork ressemble aussi étrangement à une affaire de famille. La femme de Neumann, son beau-frère et d’autres membres de la famille figurent sur la liste des paies.

Quiconque lira la documentation financière de WeWork passera d’une surprise à l’autre

Le magazine de luxe néerlandais Quote résume l’ensemble de la construction de la manière suivante :

«Quiconque lira le documentation financière, passera d’une surprise à l’autre. Il y en a beaucoup trop pour les mentionner toutes ici, mais voici un résumé : la structure sur laquelle la société et l’introduction en bourse sont fondées a tellement de connexions croisées que si les choses tournent mal en un seul endroit, la structure tout entière s’effondrera probablement. En tant qu’investisseur, vous n’avez aucune chance. Les seuls qui pourraient sortir sans trop de dégâts sont les banques qui les accompagnent. » 

Kortom, une autre société magique semble être en cours de création. Les analystes qualifient d' »ambitieuses » les « ambitions que la société énumère dans sa documentation financière, même selon les normes d’une licorne ». La croissance, les pertes, les conflits d’intérêts et la gymnastique financière sont tout aussi ambitieux dans ce document », écrit l’agence de presse Bloomberg.

Les évaluations phénoménales des licornes ne révèlent souvent n’être que des écrans de fumée. Avec l’échec de la récente entrée en bourse d’Uber et les turbulences actuelles dans l’économie mondiale, l’introduction en bourse de WeWork menace de se dérouler un peu moins bien que prévu. Les évaluations absurdes servent principalement à renforcer l’image de la société auprès du monde extérieur et à attirer davantage d’investisseurs pour qu’ils souhaitent ensuite de lui octroyer des sommes colossales. 

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