Politique

Viaduc de Gênes : La recherche d’un bouc-émissaire a débuté

En Italie, l’heure est aux règlements de comptes, après l’effondrement d’une portion d’un pont autoroutier mardi matin dans la ville de Gênes, qui a fait au moins 38 victimes, et alors que de nombreuses personnes sont encore portées disparues. Après avoir accusé l’UE, le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, a annoncé la révocation de la concession accordée à la société des autoroutes, Autostrade.

Le Premier ministre italien, Giuseppe Conte, a déclaré que le gouvernement allait débuter une procédure pour retirer la concession d’Autostrade sur les autoroutes avant d’attendre les résultats de l’enquête criminelle. Il a également déclaré l’état d’urgence à Gênes.

Une procédure pour révoquer la concession du gestionnaire de l’autoroute

Le Premier ministre italien, Giuseppe Conte (au centre sur notre photo), a déclaré que le gouvernement allait débuter une procédure pour retirer la concession d’Autostrade sur les autoroutes sans attendre les résultats de l’enquête criminelle. Il a également déclaré l’état d’urgence à Gênes.

Autostrade exploite près de 3000 km d’autoroute en Italie, dans le cadre d’un accord qui devait normalement expirer en 2038. Cette société est détenue à 88 % par l’opérateur italien des infrastructures Atlantia, dont le plus gros actionnaire n’est autre que la famille Benetton, plus connue pour ses pull-overs, et ses spots publicitaires controversés.

Luigi Di Maio, le vice-premier ministre qui est aussi le dirigeant du parti Movimento 5 Stelle, ou M5S (second à gauche sur notre photo), a directement accusé Autostrade d’être responsable de la catastrophe. “Nous avons affaire à l’un des plus gros sous-traitants en Europe, et ils nous ont dit que le pont était sûr”, a-t-il dit.

Son collègue du M5S, le ministre des transports Danilo Toninelli (tout à fait à gauche sur notre photo), a indiqué sur son compte Facebook que les procédures aboutissant à une éventuelle révocation de la concession d’Autostrade allait bientôt débuter. “Nous irons jusqu’au bout”, conclut-il.

Une compensation possible de 20 milliards de dollars… dont l’Italie ne dispose probablement pas

De son côté, Autostrade a répondu qu’elle était “confiante d’être en mesure de démontrer qu’elle avait correctement rempli ses obligations en tant que concessionnaire. Cette confiance est basée sur les activités de surveillance et de maintenance menées sur la base des meilleures normes internationales. De plus, il n’est pas possible à ce stade de formuler des hypothèses fiables concernant les causes de l’effondrement”, a indiqué la firme, ajoutant qu’elle avait investi plus d’un milliard d’euros chaque année sur les 5 dernières années en sécurité et en maintenance. Elle n’a pas non plus manqué de souligner que selon les termes de son contrat, elle pouvait s’attendre à une compensation en cas d’annulation de sa concession en l’absence de toute preuve de l’existence d’une “grave négligence”. Selon les calculs du journal italien Corriere Della Serra, celle-ci pourrait atteindre les 20 milliards d’euros, une somme dont l’Italie surendettée ne dispose probablement pas.

Un bouc émissaire parfait pour détourner les accusations

Au cours des dernières 24 heures, les membres du M5S n’ont pas été avares de critiques à l’égard de la famille Benetton, qu’ils ont accusée d’avoir acheté les faveurs de toute une génération de politiciens italiens. “Pour la première fois, il y a un gouvernement qui ne prend pas l’argent des Benetton. Autostrade était protégée par les gouvernements précédents”, a par exemple affirmé Luigi di Maio.

Le feu nourri d’attaques que le parti a lancées sur les Benetton, un bouc émissaire parfait, compte tenu qu’il incarne la fine fleur du capitalisme italien, ne semble plus si étonnant lorsque l’on sait que le parti a été immédiatement mis en cause hier pour s’être opposé pendant des années aux projets de remplacement du pont qui avaient été présentés.

Le M5S avait inclus le viaduc sur une liste de projets d’infrastructures pour lesquels le parti envisageait de supprimer les améliorations prévues “si les coûts dépassaient les avantages”. En particulier, une page de son site internet qualifiait les problèmes de structure du pont Morandi de “conte pour enfants”. Elle a été supprimée depuis (le lien renvoie à une copie d’écran avant cette suppression).

Malgré cela, ces critiques ont été largement relayées par le peuple italien en colère. Des mèmes  parodiant les publicités de Benetton sont rapidement apparues sur les réseaux sociaux.

Il n’en demeure pas moins exact que les Benetton ont bénéficié de soutiens politiques et profité de prêts avantageux pour bâtir une entreprise qui figure comme l’un des premiers gestionnaires du monde, avec un chiffre d’affaires de 4 milliards d’euros par an.

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