Politique

Vers une réforme du port d’armes aux USA après la fusillade en Floride? Retour sur cet éternel débat

17 morts et 15 blessés. C’est le lourd bilan de la nouvelle fusillade qui a eu lieu dans un lycée américain la semaine dernière. Comme après chaque évènement du genre, le débat sur le port d’armes repart de plus belle. Les arguments sont toujours les mêmes mais on dirait que les mentalités commencent à changer. On fait le point sur ce débat vieux comme le monde qui secoue les États-Unis à chaque nouvelle tuerie de masse.  Commençons avec une stat’ pour planter le décor: plus d’Américains ont perdu la vie dans des fusillades que lors de toutes les guerres dans lesquelles les USA étaient engagés. 1,39 million de morts à la guerre contre 1,51 million dans des fusillades. Interpellant, non? La dernière tuerie de masse date de la semaine dernière et relance une nouvelle fois le débat sur les armes aux États-Unis. Doit-on réguler leur accès ou continuer à les vendre librement à n’importe qui?

36.252 morts

Les fusillades deviennent monnaie courante chez l’Oncle Sam. Cette fusillade en Floride est la 18ème de l’année. Sur ces 18 évènements macabres, huit n’ont fait aucune victime. Depuis 2012 et la tuerie de l’école de Sandy Hook (20 enfants et 7 adultes tués), l’ONG Gun Violence Archive a recensé 273 fusillades dans des écoles en seulement 6 ans. Inutile de préciser que tous ces incidents ont été provoqués par des personnes ayant obtenu des armes légalement.

Des chiffres concernant les armes, il y en a à la pelle et ils décrédibilisent le fameux second amendement américain autorisant le port d’armes. Prêt? Retenez votre souffle et c’est parti! Dans son dernier rapport, le Centre fédéral de contrôle et de prévention des maladies (CDC) a recensé 36.252 morts à cause d’armes à feu. La plupart sont des suicides (plus de 22.000) mais on note 12.979 homicides, 489 décès accidentels et près de 500 morts lors d’interventions policières. Parmi tous les homicides, 273 enfants de moins de 14 ans ont perdu la vie et 4 140 avaient entre 15 et 24 ans. Enfin, depuis le début de l’année, 402 mineurs ont été blessés ou tués aux USA.

Et justement, ce sont les enfants qui sont au coeur du débat depuis la semaine passée. Plusieurs jeunes comme Emma Gonzalez, une survivante de la fusillade en Floride, prennent la parole publiquement pour interdir le port d’armes et tous les chiffres présentés précédemment appuient leurs propos. Des manifestations sont organisées un peu partout dans le pays pour faire changer les choses. Les défenseurs du second amendement, eux, invoquent la protection des enfants pour changer les choses.

« Les armes ne tuent pas »

Chez nous, de l’autre côté de l’Atlantique, les armes ne font pas vraiment partie de notre quotidien à moins d’être chasseur ou inscrit à un club de tir. Mais aux États-Unis, les armes représentent tant de choses. Elles font partie de leur histoire. Il suffit de faire un tour sur le hashtag #GunControl pour voir le mot « history » apparaitre un peu partout. Bien souvent, il est accompagné du terme « liberté ». La raisonnement semble être le suivant: les USA est un pays démocratique et libre, alors on a le droit de porter une arme.

D’autres arguments sont avancés: ils ont besoin de se défendre car ils ne peuvent pas compter sur des gardes du corps comme les célébrités. Porter une arme est donc capital. De plus, selon eux, ce ne sont pas les armes qui tuent, ce sont ceux qui les utilisent.

On trouve aussi d’autres justifications un peu plus limites. Les défenseurs du second amendement ne comprennent pas qu’on puisse interdir la vente d’armes pour protéger les enfants alors qu’on autorise l’avortement qui tue des milliers de bébés par an. On peut aussi trouver quelques vannes pas vraiment drôles comme « je n’ose pas dormir, j’ai peur que mon AR-15 m’attaque pendant la nuit ».

D’autres sont plus mesurés et proposent tout de même des solutions. Ils ne veulent pas bannir purement et simplement les armes mais modifier l’accès à celles-ci. Par exemple, autoriser l’achat de révolver à partir de 21 ans, les pistolets semi-automatiques à partir de 25 ans et les fusils d’assaut à partir de 30 ans.

NRA

Au delà du débat entre citoyens américains, il y a des dimensions politiques et financières qui empêchent les choses de bouger. La faute à la NRA, la National Rifle Association, un puissant lobby pro-armes. Son but? S’immiscer dans la politique américaine pour imposer ses idées en faveur des armes à feu. Ce lobby n’hésite pas à financer les campagnes d’hommes politiques pour faire passer ses idéaux. Mais il ne se limite pas au financement, le puissant lobby invite ses 4 millions de membres à soutenir tel ou tel candidat aux élections locales ou nationales.

En effet, il évaluent les candidats selon des notes de A à F. Ceux qui obtiennent la note de A épousent parfaitement les idées de la NRA et pourront compter sur le soutien du lobby et ses membres. « Elle (la NRA, ndlr) mobilise une petite proportion d’Américains très attachés aux armes à feu » explique Dider Combeau, l’auteur de Des Américains et des armes à feu: violence et démocratie aux États-Unis. « C’est un petit pourcentage qui peut faire basculer une élection. » Et à l’inverse, les politiques obtenant la note de F peut compter sur une forte opposition à cause de la propagande de l’association. En gros, si vous voulez du pouvoir, vaut mieux avoir la NRA dans sa poche.

Et Trump? 

Sans surprise, Donald Trump a pu compter sur le soutien de la NRA. Républicains et conservateurs, l’actuel président américain est très attaché au second amendement de la constitution américaine. Le 27 août dernier, il déclarait après une convention de la NRA: « L’assaut pour mettre à mal votre liberté et le deuxième amendement est mort né. »

Après la fusillade de Parkland, le locataire de la Maison Blanche a tout de même déclaré qu’il voulait du changement au niveau des ventes d’armes. Il est en effet favorable à un contrôle renforcé des antécédents des acheteurs pour éviter de filer un flingue à un homme dérangé mentalement. Mais dans son discours, Trump n’a jamais parlé d’armes à feu. Pour lui, ce sont les gens qui les utilisent qui sont dangereux. Tiens, ça ressemble fort aux arguments cités plus haut. C’est pourquoi il désire renforcer le contrôle des antécédents des acheteurs. Il a en effet mis l’accent sur le fait de repérer les personnes souffrant de troubles psychiatriques.

C’est assez ridicule puisqu’à la fin de son mandat, Barack Obama avait tenté d’instaurer des mesures similaires. Il avait voulu faire passer deux mesures: obliger les vendeurs à obtenir une licence et à vérifier le casier judiciaire des acheteurs. Il désirait également un checking sur la santé mentale d’un certain nombre de personnes désireuses de se procurer une arme. Le but étant d’envoyer des données au FBI pour mieux les tenir à l’oeil…Donald Trump a annulé ces deux mesures en prenant le pouvoir. Marche arrière toute?

Statut quo? 

Au niveau des armes, le clivage démocrates/républicains est plus que jamais marqué. Plus conservateurs, les Républicains sont globalement plus favorables au respect du second amendement. Ils obtiennent donc facilement le soutien de la NRA. Et actuellement, les Républicains contrôlent le Congrès américain jusqu’au moins 2020. Il est très peu probable de voir du changement. En 2012, après la fusillade de Sandy Hook, le Sénat avait voté contre le durcissement de la législation sur les armes à feu par un contrôle plus poussé des acheteurs.

Alors, on ne voit pas pourquoi cette nouvelle fusillade provoquer un déclic dans l’esprit des têtes pensantes américaines. Néanmoins, on peut observer un changement de mentalité chez plusieurs Américains. Sur Twitter, on peut trouver de grands défenseurs des armes qui se débarrassent de leur pétoire pour éviter qu’elles tombent dans de mauvaises mains (voir tweet ci-contre).

On peut donc imaginer deux scénarios: soit les tueries se multiplient et les manifestations contre le port d’armes se décuplent mettant la pression sur les autorités. Soit c’est le statut quo jusque la fin du mandat de Trump et il faudra qu’un démocrate remporte les élections pour, pourquoi pas, s’attaquer à une réforme. Un long combat commence pour Emma Gonzalez et ses partisans.

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