Dans le pays doté des plus grandes réserves de pétrole, des gens souffrent de la faim

Le Venezuela est au bord de l’implosion. Sur les images de la vidéo ci-dessous, on peut voir comment dans le pays doté des plus grandes réserves prouvées de pétrole du monde, le chaos éclate lorsque des personnes affamées se disputent un sac de riz. Le président du Venezuela Nicolas Maduro a décrété l’état d’urgence pendant 60 jours au cours du week-end dernier, pour lui donner le pouvoir “de neutraliser et vaincre l’agression étrangère initiée contre le pays”. Les services du renseignement américain avertissent d’un risque grandissant de coup d’Etat. Il serait commis par des personnes du voisinage immédiat du président ou de l’armée. La situation au Venezuela a complètement dégénéré au cours des dernières semaines à la suite de la baisse des cours sur les marchés pétroliers. Les recettes pétrolières du pays lui apportent 96% de ses devises étrangères, mais elles se sont effondrées de 55 % l’année dernière. Par conséquent, le pays ne peut plus respecter ses obligations financières sur les marchés internationaux et ne peut plus importer de matières premières. Du coup, cette année, les importations ont chuté de 40 % par rapport à 2015. La plupart des usines ont cessé leurs opérations. La sécheresse exceptionnelle limite l’approvisionnement en électricité du pays dans la plupart des villes, à l’exception de la capitale Caracas. Les services publics ne sont plus ouverts que deux jours par semaine. Les produits alimentaires et les médicaments sont de plus en plus rares.

L’armée contrôle une grande partie de l’économie. Le pays ne comptait que 50 généraux en 1993 ; aujourd’hui, on en recense 4000. Des dizaines d’entreprises militaires ont été créées depuis la nomination de Maduro. Le rôle de l’armée dans le pays est énorme : des soldats actifs ou anciens sont à la tête d’un tiers des ministères et gouvernent la moitié des 23 provinces.

Les militaires sont à peine touchés par la crise : ils s’octroient d’énormes augmentations de salaire et bénéficient d’un accès privilégié à la nourriture et au logement. L’armée peut mettre la main sur des contrats lucratifs, contrôler le marché des devises et vendre du pétrole acheté à bon compte aux pays voisins en réalisant de confortables marges. Ce sont principalement les États-Unis qui s’occupent de poursuivre des militaires vénézuéliens. Les Américains tentent de mettre en cause les militaires impliqués dans le commerce de drogue en plein essor au Venezuela, la violence politique et la corruption. Mais il leur est très difficile d’agir sans renforcer la célèbre rhétorique anti-Yankee de Maduro. L’opposition, qui cherche à destituer Maduro, accorde trop peu d’attention à la puissance économique de l’armée, estiment les observateurs. Une pétition pour l’organisation d’un référendum qui mettrait fin à la présidence de Maduro a recueilli 2 millions de signatures. Une telle démarche est prévue dans la Constitution du Venezuela, mais Maduro, qui dispose  encore de soutiens dans tous les postes clés, tente de reporter la tenue d’un tel référendum d’une année. En effet, si ce référendum avait lieu cette année, de nouvelles élections devraient être organisées, alors que le report d’une année permettrait de remplacer Maduro par son vice-président (son mandat officiel se termine seulement en 2019). Cependant, le départ de Maduro du pouvoir ne résoudra pas les problèmes économiques et politiques du pays. Pour cela, le Venezuela doit également régler le problème de l’emprise militaire sur son économie.

AFP PHOTO/ Raul Arboleda

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