Politique

Une majorité de jeunes Américains préfèrent maintenant le socialisme au capitalisme

Aux Etats-Unis, des sondages montrent que le socialisme recueille une ferveur grandissante auprès des jeunes. Désormais, les électeurs américains démocrates et les jeunes affirment qu’ils préfèrent le socialisme au capitalisme.

C’est la conclusion d’un sondage mené par Gallup, mené en août dernier. Il conclut que 51 % des jeunes Américains âgés d’entre 18 et 29 % approuvaient le socialisme, tandis que 45 % approuvaient. En 2010, ces proportions respectives étaient de 51 % et 68 %.

Une tendance qui se vérifie dans les urnes

On observe également la même tendance auprès des électeurs démocrates : ils sont maintenant 57 % à avoir une opinion favorable du socialisme, contre 47 % pour le capitalisme. De même, un sondage réalisé par YouGov en novembre dernier auprès de 14-17 ans a révélé que la moitié d’entre eux (50 %) avaient une vision positive du socialisme. Cependant, dans son ensemble, la population américaine demeure très attachée au capitalisme (56 % d’opinions favorables, contre 37 % en faveur du socialisme). 

Cette tendance se vérifie aussi dans les urnes. Des politiciens tels qu’Alexandria Ocasio-Cortez, qui vient d’être élue au Congrès, et qui se qualifient eux-mêmes de « Socialistes démocrates », sont de plus en plius populaires. 

Selon les politologues, cette tendance est imputable à l’absence de souvenirs liés au socialisme. « Les jeunes gens d’aujourd’hui ne se souviennent pas de la guerre froide et n’associent donc pas le socialisme à un ennemi des États-Unis », explique ainsi Emily Ekins, directrice des sondages du Cato Institute. Aux Etats-Unis, pendant longtemps, la notion de socialisme évoquait l’emprisonnement des dissidents au goulag, les pénuries alimentaires, et la stagnation économique. 

Une interprétation élargie du concept du socialisme… voire, une confusion avec l’Etat providence

Mais il pourrait aussi s’agir d’une interprétation élargie du concept de socialisme. Certains le définissent comme l’abolition de la propriété privée, alors que pour d’autres, il est incarné par des pays riches tels que le Danemark ou la Suède, doté d’un Etat providence généreux. 

Le politicien démocrate Bernie Sanders, qui est particulièrement populaire auprès des jeunes, a lui-même changé d’avis quant à la définition à donner au socialisme. Dans ses anciens discours, il évoquait avec emphase des pays tels que Cuba ou le Venezuela, mais désormais, il cite plus volontiers les pays scandinaves. « Ce que le socialisme démocrate affirme, c’est qu’il est immoral et injuste que les 10 % les plus riches des 1 % de ce pays (…) possèdent autant de richesse que les 90 % les plus pauvres », a-t-il récemment déclaré lors d’un débat électoral. 

Selon certains politologues, ces Américains confondent les filets de sécurité et les Etats providence avec le socialisme. « La bonne nouvelle, c’est que les gens qui disent ‘Oui, je veux le socialisme’ n’ont aucune idée de ce qu’ils disent. La mauvaise nouvelle, c’est que c’est que c’est toujours le cas dans tous les endroits où les socialistes ont pris le pouvoir et où ils détruisent l’économie », affirme Tom Palmer, executive vice president de l’Atlas Network, une organisation qui anime un réseau mondial de groupes libertaires.

Mais les sondages montrent également que les jeunes Américains souhaitent que l’Etat étende son influence. Un sondage de Pew datant de 2017 avait révélé que 57 % de jeunes Américains âgés d’entre 18 et 29 ans souhaitaient « un gouvernement plus important avec plus de services ». Dans la tranche d’âge des 50-64 ans, ils n’étaient que 38 % à souhaiter la même chose, et dans celle des plus de 65 ans, ils étaient 40 %.

« Les choses changent dès que les gens travaillent et paient des impôts »

Toutefois, selon Mme Ekins, leur opinion a tendance à évoluer dès qu’ils vieillissent et qu’ils entrent sur le marché du travail. Elle rappelle que dans les années 1980, 52 % des baby-boomers exprimaient les mêmes souhaits, mais maintenant, ils ont tendance à s’y opposer. 

« En fin de compte, les citoyens devront se demander si les États-Unis peuvent vraiment se permettre un État-providence similaire au modèle danois, sans porter atteinte à la créativité humaine, au goût pour la prise de le risque et à l’esprit d’entreprise, ni… provoquer la faillite du pays. »

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