Un monde où l’on paie pour prêter de l’argent… Jeudi, la BCE devrait encore renforcer cette tendance

Ce jeudi, la BCE devrait une nouvelle fois baisser le taux d’intérêt avec lequel elle rémunère les dépôts que les banques commerciales lui confient, dans une nouvelle tentative pour insuffler un peu d’inflation, et relancer l’économie, rapporte Romaric Godin de La Tribune.

Depuis juin 2014, ce taux, fixé à -0,20%, est négatif, ce qui signifie que les banques paient pour confier leurs liquidités à la BCE. L’objectif de cette pénalisation était de les inciter à utiliser ces fonds à financer des crédits, et donc à favoriser la relance économique. Mais c’est un échec total: alors que les dépôts confiés à la BCE se montaient à près de 40 milliards d’euros à la fin du mois de mai 2014, avant la mise en application de ce taux d’intérêt négatif, ils ont quadruplé pour atteindre 170 milliards d’euros le 20 novembre dernier.

Comment l’expliquer? Le faible taux de l’inflation, proche de zéro en zone euro, augmente le taux d’intérêt réel sur les dépôts, et désormais, celui-ci n’est plus que de -0,2%, ce qui augmente l’attrait des dépôts auprès de la BCE.

De plus, les taux d’intérêt des obligations souveraines les plus prisées des banques pour leurs placements sont aussi entrés en territoire négatif (-0,41% pour les obligations allemandes à 2 ans, par exemple). Autrement dit, les placements de liquidités auprès de la BCE sont devenus plus intéressants.

La BCE devrait donc décider de pénaliser encore davantage les dépôts, en abaissant le taux de rémunération de ces dépôts, peut-être jusqu’à -0,40%.

Mais cette décision pourrait avoir une portée limitée, car le taux réel correspondant serait encore plus intéressant que le taux réel atteint lors de la première fixation d’un taux négatif, et l’écart avec la rémunération des obligations souveraines les plus demandées ne sera pas assez important.   

Mais une inconnue demeure, puisque la banque centrale américaine, la Fed, pourrait annoncer une hausse de son taux d’intérêt directeur, très attendue par le marché, le 16 décembre.

Celle-ci pourrait inciter quelques banques à profiter de cette aubaine, et à placer leurs liquidités aux Etats-Unis, ce qui, en augmentant la demande pour les dollars, pourrait faire baisser la parité de l’euro avec cette devise. Et c’est probablement ce que le BCE cherche à obtenir, analyse Godin, qui précise qu’une dévaluation de l’euro implique une inflation plus forte.

Mais la BCE joue avec le feu, estime-t-il. En effet, des taux négatifs invitent les banques à les répercuter sur leurs clients, ce qui pourrait encourager ceux-ci à thésauriser les espèces. Cette thésaurisation pourrait s’assimiler à un retrait de liquidités de l’économie sans contrepartie, ce qui empêcherait le redécollage de la machine économique.

 

 

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