« Tusk veut enterrer le projet européen »

Le président du Conseil de l’Europe, Donald Tusk, est en train de changer progressivement la vision que les dirigeants européens ont de l’Europe, affirme le magazine Politico. Depuis sa nomination à la tête du Conseil en novembre 2014, Tusk a suggéré qu’il fallait abandonner le “rêve européen, tel qu’on le concevait depuis la fondation de l’UE”. L’ex-Premier ministre polonais a décalé le centre de gravité de l’Europe sur un certain nombre de problématiques, dont la crise de la migration, la crise grecque et la montée en puissance des populistes au travers d’une série de discours. L’équilibre des influences s’est déplacé de l’Ouest vers l’Est de l’Europe, de l’idéalisme vers le pragmatisme, et de la Commission vers le Conseil.

Les utopies de l’UE

Tusk veut mettre fin à ce qu’il appelle “le réflexe européen de confronter la réalité à toutes sortes d’utopies”. Lors d’une conférence à Luxembourg à l’occasion du quarantième anniversaire du Parti populaire européen, il a accusé ces “visions euro-enthousiastes d’intégration totale” irréalistes d’être responsables de ma montée en puissance de l’euro-sceptcisme dans l’ensemble du bloc :

“Obsédés par l’idée d’une intégration immédiate et totale, nous n’avons pas remarqué que les gens ordinaires, les citoyens d’Europe, ne partagent pas notre enthousiasme pro-européen. (…) Nous devons comprendre que les positions d’Angela Merkel en Allemagne et de Viktor Orban en Hongrie sont compatibles l’une avec l’autre et qu’elles ne peuvent fournir une réponse complète que lorsqu’elles sont combinées, sinon les citoyens confieront le pouvoir en Europe à des populistes”.

Le nouveau consensus européen

Son opinion est de plus en plus acceptée comme étant la nouvelle réalité européenne, y compris de la part d’intégrationnistes purs et durs qui comprennent maintenant que la solution aux différentes crises auxquelles le bloc est confronté n’est pas “plus d’Europe”.  De plus en plus de dirigeants européens manifestent qu’ils partagent ce point de vue. Ainsi, vendredi dernier, Jeroen Dijsselbloem, ministre des Finances des Pays-Bas, a exhorté à mettre fin à l’expansion de l’Europe, affirmant que l’Europe s’était développée si rapidement, que la prise de décisions y était devenue plus délicate. Même Juncker a témoigné d’une certaine adhésion à cette conception, quand il a affirmé que l’Europe devait prendre en compte les différentes opinions en son sein. Auparavant, il avait même déclaré qu’une des raisons pour lesquelles les citoyens européens s’éloignaient du projet européen était due au fait “que nous interférons dans trop de domaines de leur vie privée et dans trop de domaines pour lesquels les Etats membres sont les mieux placés pour agir et légiférer”.La vision de Tusk influence directement la politique européenne. Alors que l’approche de la Commission pour régler la crise de la migration avait été  jusqu’alors de distribuer les migrants sur les différents pays du bloc, elle consiste désormais à empêcher les migrants d’y entrer. Des sondages réalisés dans toute l’Europe la semaine dernière ont montré que le mécontentement à l’égard de la politique européenne était de plus en plus fort, et qu’un nombre croissant de citoyens européens souhaitent que Bruxelles cède plus de souveraineté aux Etats membres.

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