PolitiqueScience

La Turquie crée sa propre agence spatiale

Un projet qui pourrait avoir des retombées économiques bénéfiques pour un pays affecté par une grave fuite des cerveaux

La Turquie a décidé de se doter d’une agence spatiale. Le président Erdogan a signé un décret exécutif formalisant la création de la première agence spatiale officielle turque. Les scientifiques se félicitent de cette initiative dont ils espèrent qu’elle permettra de créer des emplois et de juguler la fuite des cerveaux. Néanmoins, on peut se demander si cette agence pourra réaliser les objectifs ambitieux qui lui ont été assignés.

Le décret signé le 13 décembre dernier prévoit que cette agence sera chargée de développer des technologies de lancement de fusées et d’exploration de l’espace, ainsi que de coordonner les activités des autres centres de recherche spatiale du pays. Mais elle aura aussi pour mission « d’aider à garantir la sécurité nationale, mais aussi à prévoir et à réduire l’ampleur des catastrophes naturelles, à anticiper et à orienter les récoltes agricoles », précise le journal turc Hürriyet. Il s’agit d’enjeux cruciaux dans un pays régulièrement tourmenté par des séismes, et très dépendant de ses échanges alimentaires.

« Une bannière pour représenter la Turquie dans le monde »

« Cela fait vingt ans que nous en parlons, voilà enfin que ce rêve devient réalité, nous n’avons que trop tardé pour réaliser ce projet qui fera honneur à la lune et à l’étoile qui ornent le drapeau de notre pays. Ce projet sera une bannière pour représenter la Turquie dans le monde », s’est enthousiasmé le Ministre de l’Industrie et des Technologies turc, Mustafa Varank. 

« Les technologies aérospatiales se recoupent avec de nombreux sous-secteurs et elles englobent diverses technologies importantes. L’expertise que nous acquerrons dans ce domaine constituera une boucle de rétroaction pour ces sous-secteurs et contribuera au développement socio-économique global », a-t-il dit.

Un budget probablement relativement modeste

Le siège, qui n’existe pas encore physiquement, sera fixé à Ankara ; quant au budget, il n’a pas encore été fixé. Le gouvernement turc finance déjà plusieurs centres de recherche spatiale, et il est déjà prévu de réallouer le financement de deux d’entre eux vers la nouvelle agence. Le  ministère des Sciences turc ne dispose que d’un budget d’environ 400 millions de dollars pour 2019, une paille comparé aux 20,7 milliards de dollars que le gouvernement américain a affectés à la NASA l’année dernière. De ce fait, « les contributions de la Turquie à la science spatiale mondiale seront probablement modestes », spécule le Scientific American. Néanmoins, ce budget devrait être augmenté de donnations et des revenus tirés des activités de conseil et des brevets développés par l’agence.

La communauté scientifique turque enthousiaste

« La recherche spatiale exige la contribution de nombreuses nations et c’est une grande opportunité pour la Turquie. Cela peut inciter la Turquie à investir dans des domaines susceptibles d’orienter l’avenir du développement économique mondial, tels que l’énergie solaire spatiale et les technologies d’extraction des astéroïdes », affirme Betül Kacar, astrobiologiste turc à l’Université de l’Arizona.

Zafer Emecan, directeur d’un site d’astronomie populaire en Turquie, souligne que la proximité de la Turquie par rapport à l’équateur et ses nombreuses plaines permettra de créer des sites de lancement qui pourraient intéresser d’autres nations, ce qui pourrait générer une nouvelle activité économique source de revenus pour la Turquie.

Juguler la fuite des cerveaux

D’autres soulignent que l’agence spatiale ne pourra pas être une réussite si la Turquie ne parvient pas à juguler la fuite des cerveaux inédite dans l’histoire qui a lieu actuellement. En 2017, plus de 253 000 Turcs ont quitté leur pays « pour des raisons économiques, politiques, sociales et culturelles », ont montré des chiffres publiés par le Bureau turc des statistiques. Il s’agit d’une augmentation de 42 % par rapport à l’année précédente. Plus de 40 % de ces Turcs sont de jeunes citadins, souvent dotés d’un très bon niveau d’éducation.

Le gouvernement turc en est bien conscient, qui a adopté au mois de décembre une mesure pour subventionner les chercheurs turcs à l’étranger prêts à retourner au pays. Ils pourront recevoir jusqu’à 4500 dollars par mois pendant une période de deux à trois ans pour financer leur déménagement et la création de leur laboratoire.

La date à laquelle cette agence sera opérationnelle demeure indéterminée.

Tags
Show More
Close
Close