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La guerre contre les touristes indésirables

Le tourisme est généralement une source de bienfaits pour les pays, auxquels ils apportent des devises, tout en permettant de dynamiser des pans de l’économie locale. Mais ce n’est pas toujours le cas, et de plus en plus de nations commencent à prendre des mesures pour limiter certaines formes de tourisme qu’elles estiment néfastes. 

Bien sûr, on pense immédiatement aux centres-villes de villes iconiques, comme Venise, Amsterdam ou Barcelone, victimes du tourisme de masse et du cortège de désagréments qui y sont associés. Venise, par exemple, accueille 25 millions de visiteurs par an, dont 700 000 arrivent en bateau de croisière.

Venise noyée dans le tourisme de masse

Tous ces visiteurs viennent pour admirer les merveilles de la ville, un plaisir le plus souvent gratuit. Une grande partie de ces touristes s’arrange pour réduire leurs dépenses au minimum, ce qui signifie que ce tourisme de masse n’est pas aussi rentable qu’il devrait l’être. Avec l’essor de la classe moyenne mondiale, les touristes sont toujours plus nombreux, mais la ville en tire proportionnellement de moins en moins de recettes. En outre, la surpopulation constante dissuade des visiteurs plus fortunés de choisir cette destination.

La pression touristique provoque également le dépeuplement graduel de ces cités. La demande de logements saisonniers fait grimper les prix de l’immobilier et des loyers. Les commerces de rue sont peu à peu remplacés par des commerces à vocation touristique, et les activités non touristiques périclitent, poussant les gens de ces secteurs à chercher du travail ailleurs. Venise a ainsi perdu 70 % de ses habitants depuis 1950.

Des comportements déplaisants

Parfois, c’est leur comportement de certaines catégories de touristes qui suscite le rejet. Les fêtes et les abus qui caractérisent les enterrements de vie de garçons/jeunes filles en sont un bon exemple. Amsterdam s’est dotée d’une loi interdisant l’accès au centre-ville pour les groupes de plus de 15 personnes à partir de 2020, ainsi que l’interdiction totale des visites à son Quartier rouge.

Mais souvent, c’est l’incapacité des visiteurs à remplir leur rôle supposé, dépenser leur argent au bénéfice des communautés du pays d’accueil, qui inspire la grogne.

Au cours des deux dernières années, on a ainsi assisté à l’émergence d’une nouvelle tendance, notamment en Asie du Sud-Est : les « begpackers” (en anglais, « to beg »signifie « mendier », et « backpack », « sac à dos »), des touristes qui voyagent à petit budget à Hong Kong, en Thaïlande, en Malaisie, en Indonésie ou en Corée du Sud… À budget si réduit, qu’ils mendient ensuite sur place pour financer la suite de leur voyage. Certains vendent des cartes postales confectionnées par leurs soins, ou proposent des “free hugs” (“câlins gratuits”). D’autres ont recours à certaines astuces pour optimiser leurs gains : ils prétendent avoir perdu leur portefeuille, ou se postent près des temples pour exploiter la plus grande générosité des personnes religieuses.

Des touristes qui ne remplissent pas leur rôle économique

Certains pays se sont déjà outillés pour lutter contre ce phénomène. En juillet de cette année, les autorités de Bali ont annoncé qu’elles dénonceraient désormais ces visiteurs à l’ambassade de leur pays afin qu’elles prennent en charge leur billet de retour. Cela fait plusieurs années que la Thaïlande a adopté une loi autorisant les services de l’immigration à réclamer aux voyageurs une preuve de solvabilité avant leur entrée sur le territoire. Depuis peu, le pays exhorte également les temples nationaux à dissuader leurs fidèles de donner de l’argent à ces touristes. De même, les « begpackers » s’exposent désormais à des peines de prison.

Le Qatar décourage ouvertement ce type de touristes : depuis 2014, le pays a adopté une politique touristique résolument tournée vers les familles aisées et les voyageurs à revenus élevés. Les routards n’y sont donc pas les bienvenus, comme l’avait clairement indiqué Abdullah Al-Nuaimi, patron de l’autorité du tourisme du petit pays : “Nous ne voulons pas de ces  personnes qui cherchent une chambre à 50 $ pour rester allongées sur la plage toute la journée et se promener en short et sac à dos”.

Mais le pays moyen-oriental n’est pas le seul. L’Australie a introduit une “backpacker tax” (“impôt sur les personnes qui portent un sac à dos”) en 2017. Lorsqu’ils ne sont pas ressortissants des 8 pays ayant conclu un traité avec elle, les voyageurs qui s’y rendent et y travaillent doivent s’acquitter d’un impôt de 15%.

Les excursionnistes à la journée dans le collimateur

Venise, encore elle,  déplore les “mordi-fuggi”, les touristes qui n’y restent qu’une journée, et se débrouillent pour dépenser le moins possible. “Comme ils n’y passent pas la nuit, ils ne paient pas la taxe de séjour et n’aident donc pas les habitants à payer le nettoyage et l’entretien de la ville, alors qu’ils ont laissé des ordures et utilisé l’infrastructure”, explique Valeria Duflot, co-fondatrice de Venezia Autentica, une ONG qui milite pour un tourisme responsable dans la ville.

Quatre visiteurs sur cinq de la Sérénissime sont des excursionnistes à la journée jour, et le conseil municipal projette actuellement la création d’une taxe ciblant spécifiquement ces voyageurs.

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