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« L’intérêt négatif est un impôt supplémentaire de 160 milliards d’euros sur l’épargne, qui n’a été approuvé par aucun parlement »

Depuis vendredi, l’Allemagne applique un taux d’intérêt négatif sur toutes ses obligations d’État, quelle que soit leur échéance. C’était déjà la norme depuis un certain temps pour les obligations à 10 ans (-0,5 %), mais depuis vendredi, c’est aussi le cas pour les obligations souveraines à 20 ans (-0,2 %) et même à 30 ans (0,05 %). Et cela malgré le fait que le chômage dans le pays est à son niveau le plus bas depuis la réunification.

Selon David Folkert-Landau, économiste en chef à la Deutsche Bank, ce taux d’intérêt négatif est de facto devenu un impôt supplémentaire de 160 milliards d’euros sur l’épargne dans la zone euro. Il fait un calcul simple. Quelque 13 000 milliards d’euros sont placés sur des livrets d’épargne dans la zone euro. Sur ce montant, 7 500 milliards d’euros sont externalisés par des banques sous forme de prêts. La BCE a maintenant saisi la différence – 5 500 milliards d’euros – une somme qui, dans des circonstances normales et avec un taux d’intérêt de 3 %, devrait rapporter plus de 160 milliards d’euros en intérêts aux épargnants.

L’effet de sables mouvants

« Une mesure pour laquelle il n’y a eu aucune majorité démocratique légitime dans aucun parlement », a déclaré le banquier allemand. En effet, normalement, la politique fiscale relève des parlements élus, et non des banques centrales. La BCE retire donc cet argent aux épargnants pour le donner aux gouvernements. Mais cette « taxe de la BCE » est appliquée de manière disproportionnée. Folkert-Landau conclut que des pays dépensiers comme l’Italie se portent très bien, tandis que des pays économes comme l’Allemagne sont punis. Il parle d’un effet de sables mouvants, dans lequel la zone euro menace lentement mais sûrement de se noyer.

Ensuite, il y a la question de ce que l’avenir nous réserve. La réponse n’est pas prometteuse. L’économiste français Patrick Artus (Natixis) s’est penché sur le problème et, dans une note aux clients, il propose les deux scénarios suivants.

1. Les taux d’intérêt restent tels quels ou baissent encore

Des recherches récentes montrent que 3 phénomènes persistent :

a) Les grandes entreprises deviennent encore plus grandes parce qu’elles peuvent emprunter plus facilement et accroître leur position dominante et leur valeur de marché par le biais d’acquisitions. C’est un problème que l’on rencontre surtout aux États-Unis (voir graphique à gauche : la concentration des entreprises). Comme tous les efforts pour devenir plus efficaces avec une telle croissance font généralement défaut, la productivité diminue, en général dans cette configuration.

b) Les sociétés zombies – des sociétés faibles qui devraient disparaitre du marché dans des circonstances normales – ne survivent que parce qu’elles peuvent emprunter de l’argent à des taux d’intérêt très bas pour rester opérationnelles.

c) Les banques éprouvent de plus en plus de difficultés parce que la base des opérations bancaires – promettre un taux d’intérêt donné aux épargnants en demandant un taux d’intérêt plus élevé aux emprunteurs – est remise en question.

2. Les taux d’intérêt augmentent

  1. Si les taux d’intérêt repartent de nouveau à la hausse après une longue période de taux bas, les détenteurs d’obligations perdront des capitaux importants. La raison est évidente : ils recevront des coupons faibles.
  2. Les entreprises et les gouvernements fortement endettés deviendront moins solvables, et une nouvelle crise de la dette s’annoncera rapidement.
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