Pourquoi les sondages d’opinion ont-ils de moins en moins fiables ?

Ces dernières années, on a constaté que les pronostics politiques ont été nettement moins fiables dans plusieurs élections de premier plan. Par exemple, dans les mois précédant l’élection présidentielle américaine de 2012, les principaux sondages montraient une quasi-égalité entre Obama et Mitt Romney. Mais finalement, le président Obama a facilement remporté sa réélection avec 51,1% de votes contre 47,2%. Ce n’est pas seulement un problème américain. Les instituts de sondages se sont aussi trompés pour le référendum de 2014 sur l’indépendance écossaise, qui a été majoritairement rejetée, et ils n’ont pas prédit non plus les victoires décisives des conservateurs au Royaume-Uni et du parti Likoud du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou l’année dernière.

A quoi cela est-il dû ?

Les enquêteurs rejettent la faute de leurs échecs récents sur deux facteurs : « l’utilisation croissante des portables et la diminution du nombre de personnes disposées à répondre aux enquêtes », selon le scientifique politique Cliff Zukin, ancien président de l’American Association for Public Opinion Research. De nos jours, plus de 60% des Américains utilisent un téléphone portable. Or, la loi américaine interdit les appels automatiques vers des portables, ce qui signifie que les sondeurs doivent composer les numéros à la main. Mais comme c’est chronophage et cher, certains instituts se reposent beaucoup sur les sondages réalisés sur les lignes fixes, ce qui peut fausser les résultats. En effet, de nos jours, ce sont les plus de 50 ans qui disposent d’une ligne fixe, ce qui signifie que les sondages peuvent ignorer de larges segments de la population, que l’échantillon peut sur-représenter une population plus prospère et conservatrice. En plus de négliger les électeurs plus jeunes, les sondages par téléphone fixe excluent également les minorités et les plus pauvres, qui utilisent plutôt des portables.

La pondération des résultats

L’une des manières dont les enquêteurs essayent de contrebalancer ces problèmes est de « pondérer » leurs résultats. Si un échantillon pour un sondage comprend 3% d’Africains Américains, mais que ceux-ci représentent 12% de la population, l’enquêteur va affecter des coefficients de pondération pour multiplier par 4 les préférences de ceux qui ont répondu. Cependant, l’échantillon ne représente pas forcément les opinions et attitudes de tous les Américains qu’il est censé décrire, ce qui peut encore fausser les résultats.Pondérer d’un côté ou de l’autre peut aussi entraîner un autre phénomène qui affecte la précision des sondages : « le regroupement ». Si la plupart des sondages montrent qu’un candidat mène par 10 points, et qu’un Sondage X a pour résultat un écart beaucoup plus serré, les enquêteurs du Sondage X trouveront une excuse pour arranger les chiffres et éviter de faire figure d’exception. 

Le déclin du taux de réponse

Les instituts de sondage sont aussi confrontés au déclin de la participation. « À la fin des années 1970, on considérait un taux de réponse de 80% comme étant acceptable », nous dit Zukin. « Mais en 2014, ce taux de réponse avait dégringolé à 8% ». Les gens se méfient et ignorent les appels de numéros inconnus en raison du télémarketing. Les sondages en ligne deviennent plus courants, mais comme ils sont volontaires, les gens qui décident d’y répondre peuvent être exceptionnellement idéologiques, ce qui fausse les résultats.La technique la plus précise semble être de faire une moyenne des sondages du type conduit par RealClearPolitics.com et le site d’analyse de sondage FiveThirtyEight.com de Nate Silver. Silver attribue des poids aux différents sondages selon leur précision historique, des facteurs démographiques et autres données pour créer des modèles. Mais ces méthodes peuvent aussi échouer si elles se basent sur un échantillon imparfait d’électeurs.

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