« Seule une réduction massive de l’UE pourra sauver l’idée européenne »

L’Europe a célébré ce week-end le 60e anniversaire de la signature du traité de Rome. Près de 9 mois après le Brexit, Hubert Védrine, un socialiste français qui a servi en tant qu’ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Lionel Jospin, écrit dans le journal Le Monde l’une des analyses les plus intéressantes  (accès payant ) des problèmes auxquels l’UE est maintenant confrontée.

L’Europe a célébré ce week-end le 60e anniversaire de la signature du traité de Rome. Près de 9 mois après le Brexit, Hubert Védrine, un socialiste français qui a servi en tant qu’ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Lionel Jospin, écrit dans le journal Le Monde l’une des analyses les plus intéressantes  (accès payant ) des problèmes auxquels l’UE est maintenant confrontée.

Le brexit, et la tentation de certains d’en imputer la cause aux manœuvres populistes, conduit à oublier que ce sont les excès que l’UE a commis qui en sont responsables. En effet, l’UE a fait trop de promesses exagérées, et elle s’est abusivement immiscée dans la vie des gens, rappelle Védrine.Le principe de subsidiaritéOn pointe du doigt les politiques d’austérité, et non la confiscation de la démocratie liée à des décisions bien trop détaillées au niveau européen. Certains préconisent la création d’une trésorerie commune, d’un budget ou même d’un ministère global des Finances (qui ne serait même pas soumis au contrôle des parlements nationaux …) sans voir que ces projets ne séduisent que les antieuropéens.

« Les choses qui intéressent les gens»

D’autres proposent de spécialiser l’Europe sur un certain nombre questions « qui intéressent les gens », comme la sécurité, la défense, la croissance économique, l’emploi, ou l’immigration. Mais il s’agit de problématiques complexes, qui nécessitent des débats et des réglages subtils et au final, elles aboutiraient à une plus grande immixtion de l’UE dans de nombreux domaines. L’UE serait responsable de tout, ce qui renforcerait le mécontentement des populations, analyse l’ancien ministre français.Une telle Europe serait en rupture avec le souhait des peuples de profiter d’une démocratie plus soucieuse de leurs préoccupations du quotidien. Elle renierait aussi le principe de subsidiarité. Cette Europe-là cumulerait donc tout ce qui a exaspéré les populations : un esprit tatillon conduisant à la multiplication des règlements, et à une spoliation des démocraties nationales.

Une Union avec trois tâches clés

C’est pourquoi il ne faut pas céder à ces tentations, recommande Védrine :

« Amis, redescendez sur terre, le moment est venu de penser tout à fait autrement, pour sauver l’idée européenne, en la libérant de l’européisme.C’est pour cela qu’il me semble que, pour enrayer la désaffection croissante des peuples, dont le « Brexit » n’est que le signe le plus spectaculaire, les gouvernements les plus déterminés devraient convoquer sans tarder une nouvelle conférence de Messine, fixer rapidement les contours d’une nouvelle subsidiarité rétroactive, et assigner après cela quelques ­rares missions-clés (sécurité, influence, préparation de l’avenir) à cette Union repensée pour assurer la pérennité d’un mode de vie européen dans le monde de demain, tout en laissant la démocratie retrouver son espace et sa légitimité au sein de chaque Etat membre ».

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