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Salvini veut un mur à la frontière slovène

Le ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, envisage d’édifier un mur à la frontière du pays avec la Slovénie. De cette manière, il espère stopper les flux de réfugiés provenant de Bosnie.

A l’instar de Donald Trump, Salvini a fait de la lutte contre l’immigration clandestine l’une de ses grandes priorités. Celle-ci est d’ailleurs l’un des ressorts de sa grande popularité.

Selon Salvini, la construction de ce mur à la frontière italo-slovène permettrait de fermer un nouvel itinéraire dans les Balkans, dont il affirme qu’il est largement utilisé par les migrants souhaitant gagner l’Union européenne. Le ministre s’inquiète également que les 6 000 migrants actuellement retenus en Bosnie, s’avisent de traverser la Slovénie pour entrer sur le territoire italien. Des patrouilles de gardes-frontières italiens et slovènes ont déjà été déployées aux points de passage possibles.

Une nouvelle pomme de discorde pour la Lega Nord et le M5S

Un tel mur pourrait avoir une longueur de 243 kilomètres, ce qui implique un coût de construction de 2 milliards d’euros. Néanmoins, il est question d’en réduire certaines portions à des points de contrôle dans les zones forestières qui séparent l’Italie de la Slovénie.

Ces plans risquent de jeter de l’huile sur le feu sur les relations déjà tendues entre la Lega Nord, le parti d’extrême droite italien dont Salvini est le dirigeant, et son partenaire de coalition, le parti Movimento Cinque Stelle (M5S).

Des membres de ce dernier ont donc rejeté la proposition, la jugeant totalement absurde. Carlo Cottarelli, directeur de l’Observatoire des comptes publics italiens chargé de traquer les gaspillages, souligne que les 2 milliards d’euros du coût de construction du mur seraient bien plus judicieusement employés s’ils étaient affectés à la réfection de la voirie romaine. Enfin, une telle proposition rencontrerait probablement l’opposition du président italien Sergio Mattarella.

Une aberration économique ?

Mais c’est sous le prisme des statistiques migratoires que le projet de Salvini apparait le plus incongru. Au cours des six derniers mois, le pays a recensé 780 entrées de réfugiés par voie continentale. Et sur la totalité de l’année dernière, on n’en avait guère compté « que » 446. A titre de comparaison, près de 3000 personnes sont entrées en Italie après avoir traversé la Méditerranée au cours de la même période.

De plus, l’entrée de migrants offrirait aussi des opportunités pour l’Italie, un pays aux prises avec le vieillissement de sa population. Pas moins de 160 000 Italiens, pour la majuere partie des jeunes, ont fui leur pays l’année dernière, un record depuis 1981. Le nombre de naissances diminue également d’année en année. Au total, la population italienne a diminué de 90 000 personnes en 2018.

Plus jeunes que les autochtones, les immigrés contribuent plus au système qu’ils n’en bénéficient, du fait qu’ils perçoivent moins de pensions de retraite, et qu’ils génèrent moins de dépenses de santé. Ils pourraient ainsi aider le Trésor italien à économiser entre 2,1 milliards d’euros et 2,8 milliards d’euros par an.

Enfin, le syndicat de l’industrie italienne souligne également que les entreprises du pays, qui peinent à recruter toute la main d’oeuvre dont elles ont besoin, verraient d’un bon oeil l’arrivées de migrants pour résoudre ce problème.

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