L’économiste belge Xavier Baeten : « Pas de corrélation entre les salaires des patrons et les performances des entreprises »

Pour une entreprise, il n’est pas justifié sur le plan économique de payer un énorme salaire à son patron. C’est la conclusion d’une étude menée par l’économiste belge Xavier Baeten, professeur à la Vlerick Business School.

Les conseils d’administration des entreprises, qui déterminent les salaires des patrons, prennent en compte la rareté des candidats capables d’avoir le sang-froid est la capacité de travail nécessaires pour gérer une entreprise. On estime en effet que le nombre de professionnels disposant de l’expérience et de la personnalité adéquates est assez limité. En conséquence, il faut leur proposer des rémunérations intéressantes pour les attirer.

De plus, beaucoup ne veulent pas prendre le risque de sous-payer un CEO, alors qu’un supplément de salaire a finalement peu d’impact sur l’ensemble des charges de l’entreprise, explique Baeten. Ainsi, plus la capitalisation de marché s’élève, plus les salaires des patrons sont élevés.

Les entreprises dont les patrons sont les moins gourmands sont les plus rentables

Mais après avoir mené une enquête sur des entreprises au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Suède, en Belgique, en Allemagne et en France entre 2010 et 2016, il conclut qu’en général, les entreprises dont les CEO étaient les moins payés avaient tendance à enregistrer de meilleurs rendements sur leurs actifs. Il y avait peu, voire pas de corrélation, entre un salaire de dirigeant élevé et l’amélioration de la performance de l’entreprise.

Pourtant, au cours de ces dernières années, les rémunérations des CEO ont globalement augmenté, alors que celle des travailleurs ordinaires ont stagné. Ainsi, en France, la rémunération médiane des PDG dirigeant les 40 plus grandes entreprises publiques a augmenté de 31 % entre 2010 et 2014.

En Belgique, le salaire médian des CEO des grandes sociétés belges cotées (indice Bel 20) a augmenté de 26 % en 2017, pour atteindre 2,08 millions d’euros. Le patron belge le mieux payé est Dick Boer (notre photo), qui dirige Ahold Delhaize, et qui peut se targuer de recevoir 4,7 millions d’euros d’émoluments annuels.

En 2016, ce sont les patrons des firmes allemandes qui ont empoché les plus grands salaires médians en Europe : 5,55 millions d’euros, contre 4,91 millions pour les patrons britanniques, 4,61 millions pour les patrons français et 2,94 millions d’euros pour les patrons hollandais.

Le rapport entre le salaire des patron et le salaire moyen de leurs employés est éloquent

Au Royaume-Uni, les salaires des CEO des plus grandes entreprises représentent plus de 100 fois le salaire moyen de leurs employés. En Belgique, le ratio est de 37 (calculé sur base de l’indice Bel 20), et en France, il est de 91 (indice CAC 40). En moyenne, dans les firmes européennes (hors Suède), le ratio est de 86. La relative modération des entreprises belges dans ce domaine s’explique par leur plus petite taille, explique Baeten. En effet, la taille de l’entreprise est un critère déterminant en matière de fixation de la rémunération de son dirigeant.

(Le graphique ci-dessous décrit la progression de ce ratio – en ordonnée – au Royaume-Uni (en bleu) et dans le reste de l’Europe hors Suède (en bordeaux) en fonction de la capitalisation des firmes (en abscisse))

Ainsi, les entreprises saines témoignent d’une plus grande modération en général, et en particulier d’un meilleur contrôle de leurs ressources financières, conclut Baeten. Elles versent des primes plus équilibrées, ce qui contribue à dissuader les prises de risque excessives.

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