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La Russie se débarrasse de ses dollars pour acheter de l’or

Ces dernières années, la Russie, cinquième pays du monde pour la taille de ses réserves en devises internationales, a continuellement acheté de l’or. Elle a poursuivi cette pratique, préférant l’or au dollar, même lorsque le cours du métal précieux était en berne. Récemment, ce dernier est reparti à la hausse, et atteint désormais son plus haut niveau en six ans. La stratégie russe s’avère donc payante. 

Habituellement, le dollar est la devise de réserve préférée d’un grand nombre d’Etats, en raison de la rareté des actifs sûrs. Mais la Russie a montré qu’une autre option était possible, et qu’elle pouvait réduire ses réserves en dollars sans nuire à son économie. « Pour le moment, le pays compte peu d’adeptes, mais les achats d’or par les banques centrales sont en hausse », note Leonid Bershidsky de Bloomberg.

Des sanctions américaines imprévisibles

Il rappelle que la Russie a de bonnes raisons de limiter sa détention de dollars. Elle est en effet la cible de sanctions internationales depuis qu’elle a annexé l’Ukraine en 2014. Depuis, l’UE n’a pas durci ces sanctions, en revanche, les États-Unis l’ont fait. 
Le gouvernement russe et la Banque central russe jugent maintenant que les sanctions américaines dépendent bien davantage de la politique domestique américaine, que du comportement de la  Russie. Autrement dit, ces mesures sont imprévisibles, ce qui a motivé la banque centrale russe à réduire son exposition à ce risque, en diminuant de moitié la part du dollar dans ses réserves en devises. Parallèlement, elle a augmenté la proportion d’euro et de renminbi (yuan).
L’année dernière, la Russie a acheté 274 tonnes d’or, ce qui a fait culminer ses réserves de métal jaune totales à 2 113 tonnes. En effet, le métal, qui est indépendant de tout Etat, ne présente pas de danger politique, et est donc idéal pour couvrir le rouble. Néanmoins, entre septembre 2017 et septembre 2018, la valeur totale de ces réserves s’est légèrement érodée, en raison de la dépréciation du métal. Mais depuis, son cours est reparti à la hausse. Cela signifie que le stock d’or russe a gagné 7 %, soit près de 7 milliards de dollars. Et si cette hausse des prix se poursuit, les réserves de métal précieux russes représenteront rapidement environ 20 % de l’ensemble des réserves internationales du pays. Cela implique qu’à ce moment-là, la Russie détiendra autant d’or que de dollars.

D’autres pays se livrent à cette « dédollarisation »

La Russie n’est d’ailleurs pas la seule à choisir le métal jaune. Au Premier trimestre de cette année, les banques centrales du monde entier ont acquis 145,5 tonnes d’or, soit 68 % de plus qu’au cours de la même période l’année dernière, révèlent des chiffres du World Gold Council (WGC). C’est aussi le niveau le plus élevé depuis 2013. Sur les quatre derniers trimestres, les achats d’or auprès des banques centrales ont atteint le niveau record de 716 tonnes.

La Russie demeure le plus gros acheteur, avec 55 tonnes, devant la Turquie (40 tonnes) et la Chine (33 tonnes). Les achats ont concerné des pays coutumiers de ce type de placement, mais on constate aussi des pays plus inhabituels. L’Équateur, par exemple, a décidé cette année d’acquérir de l’or pour la première fois depuis cinq ans. Le Qatar et la Colombie ont également effectué de gros achats au cours du dernier trimestre.

Ces pays sont principalement ceux qui souhaitent réduire leur dépendance au dollar. Avec ces achats, ces banques centrales cherchent en effet à « dédollariser » les économies de leurs pays respectifs, en substituant le métal précieux à leurs réserves en dollars. Très souvent, il s’agit de pays qui disposent de réserves d’or moins importantes que la plupart des pays d’Europe occidentale.

La Chine, qui a eu elle aussi maille à partir avec les États-Unis, a elle aussi commencé à réduire progressivement ses réserves en dollars, en les échangeant contre de l’or. L’Inde, qui fait partie des 10 pays qui détiennent les plus grosses réserves en devises internationales, a elle aussi acheté beaucoup de métal jaune.

Les taux d’intérêt américains au plus bas, la progression de la dette américaine et l’imprévisibilité du gouvernement américain réduisent l’attrait pour le dollar de nombreux pays. Ils lui substituent donc l’or, qui apparaît plus sûr. Il ne serait pas étonnant que dans quelques années, d’autres pays décident de copier le modèle russe, et de privilégier l’or au détriment du dollar.

« L’administration américaine actuelle et future devrait faire preuve de prudence afin d’éviter de donner à d’autres pays des incitations similaires pour qu’ils se débarrassent de leur dépendance au dollar et qu’ils suivent l’exemple du Kremlin », conclut Bershidsky.

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