Science

Il n’y a jamais eu autant de cas de rougeole en Europe en 20 ans, et c’est la faute du camp anti-vaccination

Selon l'Organisation mondiale de la santé, 110 000 personnes en meurent chaque année

L’état d’urgence a été déclaré cette semaine dans l’Etat américain de Washington, en raison d’une épidémie de rougeole. Plus près de chez nous, l’Ukraine est actuellement aux prises avec une épidémie de rougeole sans précédent. À l’heure actuelle, 60 000 personnes ont été contaminées par le virus contagieux et ce nombre augmente chaque semaine.

Rougeole : la pire épidémie depuis 20 ans

Chez nous et dans le reste de l’Europe occidentale, le nombre de contagions a doublé en 2018, alors que 2017 marquait déjà un record pour cette décennie. On peut remercier un nombre croissant de parents qui refusent de faire vacciner leurs enfants. Parce qu’ils croient à des bêtises. Et parce qu’ils souffrent de ce qu’on appelle l’effet Dunning-Kruger.

Au premier semestre 2018, 41 000 enfants et adultes étaient déjà infectés par la rougeole en Europe occidentale. Plus du double des 23 927 cas de 2017. 2017 marquait déjà un record pour cette décennie. La rougeole peut atteindre le cerveau ou les poumons et peut entraîner la mort. On estime qu’une centaine de personnes pourraient en mourir cette année en Europe. Et tout cela à cause d’une maladie qui avait presque été éradiquée dans nos régions grâce à la vaccination.La motivation de ceux qui refusent de faire vacciner leurs enfants – qu’il s’agisse de la peur, d’une idéologie ou d’insouciance – n’a aucune pertinence. Nous constatons à présent que les médecins et les scientifiques qui nous mettent en garde depuis des années ont raison. Et que le camp anti-vaccination met en danger la sécurité de milliers de personnes. La rougeole est l’un des virus les plus contagieux du marché. Une personne peut être contagieuse avant même que l’éruption cutanée ou les symptômes caractéristiques n’apparaissent. Pire encore, d’autres personnes qui n’ont pas été vaccinées ou qui n’ont pas une immunité suffisante parce que le vaccin n’est plus actif peuvent contracter l’infection en entrant simplement dans une pièce deux heures après le départ d’une personne infectée.

Un triomphe médical aux proportions épiques

Malgré les affirmations du camp anti-vaccination, qui l’appelle « la maladie de Mickey Mouse », la rougeole n’est pas une maladie bénigne. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 110 000 personnes en meurent chaque année, pour la plupart des enfants de moins de cinq ans.

D’une certaine manière, le vaccin contre la rougeole est victime de son propre succès. Quel succès ? On estime que depuis l’an 2000, le vaccin antirougeoleux a sauvé la vie de quelque 20 millions de personnes. Le vaccin contre la rougeole – et les vaccins en général – se sont révélés être un triomphe aux proportions épiques pour la santé publique.

En 1980 – avant la vaccination à grande échelle contre la rougeole – environ 2,6 millions de personnes mouraient chaque année de cette maladie. Entre 2000 et 2015, la mortalité rougeoleuse a diminué d’environ 79 % grâce au vaccin antirougeoleux.

L’immunité collective : comment ça marche ?

Pourtant, notre société a inexplicablement tourné le dos à l’innovation qui sauve des vies. Les antivaccination affirment que si les vaccins sont si efficaces, les personnes non vaccinées n’ont à se soucier de rien. C’est un mensonge, et un mensonge dangereux. Aucun vaccin n’est efficace à 100 % et l’efficacité des vaccins peut s’évanouir avec le temps. En outre, certains enfants ne peuvent pas être vaccinés car ils sont soit trop jeunes – le vaccin n’est pas administré avant l’âge de 12 mois – ou trop malades (immunodéprimés, par exemple) pour recevoir des vaccins. Ces enfants comptent sur le reste d’entre nous pour les protéger, un concept connu en santé publique sous le nom d’«immunité collective».

Comment ça marche ? L’idée est la suivante : une infection peut se propager comme un incendie. Envisagez la population comme un gros tas de bois d’allumage sur lequel on jettrait une bûche en feu (une personne infectée) : avant même que vous vous en soyez rendu compte, tout le tas est parti en fumée. Si l’on protège tout le monde par la vaccination, cela revient à jeter la même buche incendiée sur un tas de bois mouillé : le feu s’éteint immédiatement. Si l’on évite de vacciner certaines personnes pour qui ce serait trop dangereux, elles peuvent toujours être protégées, à condition qu’elles soient quelque part au milieu du tas de bois humide : le groupe.

Qui sont ces gens qui refusent les vaccins pour leurs enfants ?

Qui sont ces gens qui refusent les vaccins pour leurs enfants? Vous pouvez les diviser grossièrement en deux groupes. Les gens qui n’en veulent pas pour des raisons religieuses. Et un groupe qui s’est développé ces dernières années, qui refuse de se faire vacciner sur base de toutes sortes d’autres croyances, souvent alimentées par des discussions sur Internet.

Par souci de clarté, il n’existe aucune preuve scientifique que les vaccins actuellement administrés dans notre pays ont les effets secondaires et les effets négatifs que les conspirationnistes propagent sur le Web. Il n’y a aucune raison valable d’empêcher votre enfant de se faire vacciner.

Les vaccins ne causent pas l’autisme . Cette théorie, qui avait été élaborée  dans les années 90 par un stratagème frauduleux pour s’enrichir rapidement (« get rich quick scheme »), a été remise en question à plusieurs reprises. Une autre crainte, selon laquelle il y aurait « trop » de vaccins, est également incorrecte. Lorsque votre enfant rampe sur le sol, puis se lèche les mains, il est exposé à beaucoup plus d’antigènes que ceux contenus dans tous les vaccins.

L’argument selon lequel la politique de vaccination va à l’encontre des droits individuels est également une idée fausse. Le droit à la maladie des anti-vaccination prend fin lorsque le droit à la santé du public commence.

L’effet Dunning-Kruger

Il existe déjà des preuves statistiques selon lesquelles les personnes qui refusent les vaccins pour elles-mêmes et les enfants souffrent de ce que l’on appelle l’effet Dunning-Kruger. C’est un phénomène psychologique qui se produit chez des personnes incompétentes qui, en raison de leur incompétence, n’ont pas la capacité métacognitive de voir que leurs choix et leurs conclusions sont parfois erronés.

En d’autres termes, les personnes incompétentes surestiment souvent leurs propres capacités, connaissances et raison, et se sentent donc au dessus de la moyenne. D’un autre côté, les personnes qui sont vraiment au-dessus de la moyenne ont tendance à se sous-estimer.

Des scientifiques américains ont établi un lien entre les anti-vaccination et Dunning-Kruger. Pas moins de 34 % des personnes interrogées semblaient penser qu’elles en savaient plus sur les vaccins et sur le lien entre les vaccins et l’autisme que les scientifiques. 36 % pensaient en savoir plus que les médecins. Pire : lorsque l’on regardait leur nombre par rapport aux 50 % des moins performants à un test de connaissances et d’aptitudes, il s’avérait que 62 % pensaient en savoir plus que les scientifiques et les médecins.

La Belgique va raisonnablement bien, mais cela peut changer rapidement

La méfiance à l’égard de la vaccination s’est répandue depuis les États-Unis. Donald Trump, par exemple, alimente le non-sens non scientifique qui se cache derrière. Mais des recherches récentes  montrent que les Européens sont les plus méfiants. La Belgique est encore rrelativement épargnée. Mais tout indique que cela est en train de changer chez nous aussi.

Par exemple, 39 % des parents de jeunes enfants flamands se disent préoccupés par les effets secondaires graves des vaccins. 32 autres pourcent sont d’avis que les nouveaux vaccins sont associés à plus de risques que ceux que l’on utilise depuis un certain temps. Une jeune mère sur cinq pense que son enfant ne devrait pas être vacciné contre des maladies qui ne sont plus présentes de nos jours. Cela représente 22 % pour les femmes enceintes et près du quart pour les parents d’adolescents.

Ce qui est particulièrement inquiétant, c’est que parmi la prochaine génération de parents, les adolescents d’aujourd’hui, un sur quatre pense déjà que les vaccins sont dangereux pour un bébé.

Tags
Show More

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Close
Close