Economie

Préparez-vous: « D’ici la prochaine décennie, nous devrions connaître une profonde récession »

Dans les toutes prochaines années, la combinaison de la vague d’automatisation avec 2 autres facteurs, le vieillissement de la population et la montée des inégalités, risque d’aboutir à une profonde crise économique. C’est l’analyse de Karen Harris, Austin Kimson et Andrew Schwedel, 3 chercheurs de Bain & Company.

En raison du vieillissement de la population, la croissance de la main-d’œuvre va se ralentir au cours des prochaines années, au point de provoquer des pénuries de main-d’œuvre dans un certain nombre de secteurs.

Des pénuries de main d’œuvre

Confrontées à ces pénuries, les entreprises seront encouragées accélérer l’automatisation de leurs activités. Des algorithmes, des humanoïdes et des véhicules autonomes remplaceront des millions de travailleurs dans les secteurs des services au cours de la prochaine décennie. La recherche de l’équipe de Bain & Company, publiée dans la Harvard business Review, montre que les investissements additionnels pour automatiser ces activités pourraient atteindre 8000 milliards de dollars (environ 6500 milliards d’euros) aux États-Unis d’ici 2030. Cela signifie que le montant d’investissement associé à chaque travailleur sera multiplié par 1,5 par rapport à son niveau d’aujourd’hui.

La révolution de l’automatisation sera bien plus importante que les autres révolutions, parce qu’elle affectera surtout le secteur des services, et qu’elle touchera autant les économies avancées que les pays en voie de développement. Aux États-Unis, des investissements aussi colossaux pourront se traduire en 2030 par une croissance annuelle moyenne de 3 %, et d’une croissance du la production de 60 % par rapport à 2015.

Le cercle vertueux de la croissance rompu

Normalement, lors des fortes périodes d’investissement, la croissance de l’offre crée la demande, ce qui génère de la croissance. Au début des années 2020, les investissements rapides dans l’automatisation permettront de compenser plus de la moitié des destructions d’emplois qu’elle aura provoqués.

Mais à la fin des années 2020, l’automatisation pourrait avoir éliminé 20 à 25 % des emplois américains actuels, et mis au chômage 40 millions de travailleurs. Les plus touchés seront ceux qui perçoivent les plus petits salaires, ou des salaires moyens. Simultanément, une grande partie des entreprises qui auront automatisé leurs activités se retrouveront avec une masse d’équipements hors de proportion avec une demande en berne.

Des inégalités à l’origine d’une consommation en berne

Au terme de cette vague de robotisation, les économies seront marquées par de profonds déséquilibres. Les revenus seront concentrés entre les mains d’agents économiques plus susceptibles d’épargner ou d’investir, que de consommer. À ce moment, la croissance dépendra étroitement de la demande.

Les travailleurs qui auront perdu leur emploi consommeront moins et à la fin des années 2020, le chômage et les pressions sur les salaires pourraient dépasser ceux que nous avons connus au plus fort de la crise de 2008. Les inégalités atteindront alors un niveau historique, ce qui annihilera toute possibilité de croissance économique.

Les bénéfices issus de l’automatisation des services tomberont entre les mains des 20 % de travailleurs hautement qualifiés et bien payés, et de ceux qui possèdent le capital. La rareté relative des travailleurs très qualifiés devrait pousser leur salaire à la hausse, ce qui risque de renforcer les inégalités de salaire.

Le rythme de cette évolution sera déterminant

La vitesse de déroulement de cette perturbation joue un rôle. Lorsqu’une transformation se produit un rythme modéré, les économies ont la possibilité de s’ajuster au fil de cette évolution et de permettre aux travailleurs exclus par les nouvelles technologies de s’adapter et de retrouver un emploi. Mais les études des chercheurs de Bain montrent que cette révolution éliminera les emplois à un rythme 2 à 3 fois plus rapide que celui du transfert du travail du secteur agricole vers l’industrie au cours de l’histoire moderne, qui avait mis une quarantaine d’années pour se réaliser. L’automatisation de l’industrie a mis quant à elle environ 20 ans à se produire. Cependant, la robotisation des services à laquelle nous assisterons dans les années 2020 sera bien plus rapide, et elle touchera une proportion bien plus importante de la main-d’œuvre.

La prospérité sera là… mais pas entre toutes les mains

L’histoire montre que la capacité à créer plus de valeur avec des ressources décroissantes conduit à plus de richesse et de prospérité sur les années suivantes, et c’est également ce qui devrait se produire ici. Mais l’analyse des chercheurs de Bain ne couvre qu’une période qui prend fin au début des années 2030. Et si cette vague d’investissements mène à une récession au cours de ce laps de temps, de profondes inégalités risquent d’apparaître et de perdurer dans un grand nombre de sociétés. Mais cette vague de robotisation laissera dans son sillage des économies profondément déséquilibrées.  

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