Politique

Pourquoi Trump protégera à tout prix l’alliance américaine avec l’Arabie saoudite

Bien que la CIA ait conclu que le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane était le commanditaire du meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, Donald Trump continuera de le protéger. Les États-Unis ont différentes raisons à cela…

« Trouverons-nous jamais la vérité ? Vous avez vu que nous avons imposé des sanctions lourdes et massives à un groupe important de Saoudiens. Mais en même temps, nous avons un allié. Et je veux rester fidèle à un allié qui a été très bon de différentes manières. »

La CIA: « Mohammed ben Salmane a ordonné de tuer Khashoggi »

C’est ce que le président Trump a déclaré dimanche soir dans  une interview avec le journaliste Chris Wallace de Fox News. Trump va donc à l’encontre de la conclusion de sa propre agence de renseignement, la CIA, selon laquelle le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (surnommé MbS) aurait ordonné l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi. Khashoggi a été assassiné début octobre  au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, en Turquie. Selon Trump, il n’y a pas suffisamment d’indications montrant que MbS était bien le commanditaire de ce meurtre.

Ce n’est pas la première fois qu’un président américain protège les dirigeants à Riyad. Il y a plusieurs raisons à cela :

© EPA

Quand l’alliance américano-saoudienne est-elle née ?

À la fin des années 1930, Abdul Aziz ibn Saud a réussi à mettre un terme aux conflits tribaux dans le pays et à y créer un royaume. Les entreprises énergétiques américaines avaient déjà découvert d’importantes réserves de pétrole et ont exhorté leur gouvernement à défendre leurs intérêts auprès du nouveau monarque. En 1945, le président Franklin Roosevelt (FDR) et le roi Abdul Aziz se sont rencontrés pour la première fois à bord d’un navire américain dans le canal de Suez. FDR a obtenu du monarque saoudien l’assurance que des sociétés américaines, et non britanniques, contrôleraient le pétrole. En retour, les Américains protégeraient le royaume. Cela s’est effectivement produit : quelques années plus tard, une base militaire américaine a été établie à proximité des champs de pétrole. Au fil des ans, le mécanisme « pétrole contre protection » n’a fait que gagner en importance. Même aujourd’hui, l’Arabie saoudite est le plus gros client étranger de l’industrie de l’armement américaine. Sous l’administration Obama, le pays a pas dépensé pas moins de 100 milliards de dollars aux États-Unis. 

L’alliance at-elle déjà subi des pressions ?

Oui, et même plus d’une fois…

  • En 1973, les Saoudiens ont mis fin à la vente de pétrole aux Américains en guise de représailles pour le soutien américain à Israël pendant la guerre du Kippour. Leur aversion mutuelle pour l’Union soviétique a rapproché de nouveau les alliés plus tard.
  • Le 11 septembre 2001, deux avions de passagers se sont écrasés sur le World Trade Center et le Pentagone, au cours d’un attentat qui a tué plus de 3 000 personnes. 15 des 19 terroristes qui ont mené l’attaque étaient des Saoudiens, tout comme Oussama ben Laden, le cerveau derrière l’opération. L’ancien président George W. Bush a autorisé les citoyens saoudiens restés aux États-Unis à quitter le pays avant de pouvoir être interrogés par le FBI. La famille Bush avait aussi  construit une histoire d’intérêts commerciaux en Arabie saoudite. Après l’attentat, les Saoudiens ont dépensé plus de 100 millions de dollars en relations publiques aux États-Unis afin de tenter de redorer l’image de leur pays, perçu comme un « exportateur du terrorisme ».

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L’Arabie Saoudite est-elle un « exportateur de terreur » ?

Absolument. Il y a des décennies, la famille royale a conclu un accord avec les islamistes radicaux du pays. Ils ont promis de financer le wahabisme – une tendance extrêmement conservatrice au sein de l’islam – et le djihadisme dans le monde entier à la condition qu’ils n’utilisent pas la violence dans le royaume même. Les islamistes radicaux pouvaient donc compter sur le soutien financier de l’Arabie saoudite en Afghanistan, au Pakistan, en Bosnie et en Tchétchénie. Après les attentats du 11 septembre, les Saoudiens ont déclaré avoir coupé les vivres des islamistes, mais des documents confidentiels publiés par Wikileaks en 2009 montrent que l’Arabie saoudite finance toujours Al-Qaïda, les Taliban, le groupe terroriste pakistanais Lashkar-e-Taiba et le mouvement terroriste palestinien Hamas, en leur donnant « des million de dollars » chaque année. 

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Quels sont les intérêts américains ?

Le pétrole saoudien, bien sûr, bien que les importations de l’année dernière ne représentaient plus que 9 % de la consommation américaine, conséquence de la révolution du pétrole de schiste. Mais le rôle le plus important que jouent les Saoudiens dans la région aujourd’hui est de faire contrepoids à l’Iran. Depuis la chute du régime du shah en 1979 et la prise en otage des diplomates américains par les mollahs iraniens, l’Iran est le principal ennemi du monde arabe pour les États-Unis. Le conflit entre musulmans sunnites et chiites se déroule dans le monde entier et constitue un fossé au Moyen-Orient entre l’Iran chiite (qui exerce de facto une influence en Syrie, au Liban et au Yémen) et l’Arabie saoudite sunnite et les États du Golfe. Plus récemment, on a assisté à une coopération informelle entre l’Arabie saoudite et le grand ennemi traditionnel, Israël. C’est la menace de l’Iran qui a rapproché ces deux pays.

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Comment sont les relations entre les Saoudiens et Donald Trump?

Excellentes. Trump a une longue histoire avec les Saoudiens. Pour le dire avec ses propres mots : « Ils m’ont acheté pour des millions de biens immobiliers. Dois-je maintenant cesser de les apprécier ? « La relation avec Riyad a donc été une priorité absolue dès son entrée en fonction. Le premier voyage à l’étranger du président Donald Trump, l’homme qui allait sauver le monde de la terreur musulmane, a consisté à faire la révérence au régime saoudien, dont il avait lui-même laissé entendre qu’il était derrière les attentats du 11 septembre, et dont nous savons qu’il envoie des prédicateurs de haine dans le monde entier, y compris à la Grande Mosquée de Bruxelles. Jared Kushner, gendre de Trump, a immédiatement commencé à travailler pour forger un lien de confiance avec le prince héritier Mohammed ben Salmane, jusqu’à l’assassinat de Khashoggi à Riyad. Trump et cie ont vu en MBS un réformateur modernisateur, mais le Congrès américain et la CIA en étaient moins certains. Le réformateur courageux y est considéré comme un autocrate impulsif et peu fiable, qui n’hésite pas à liquider les voix qui, à son avis, sonnent trop fort.

Il y a 15.000 princes en Arabie Saoudite. Chacun d’eux reçoit chaque mois 19.000 euros

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