Economie

Pourquoi nous sommes proches d’une semaine de travail d’une trentaine d’heures

La croissance économique, combinée au choix des « millénials » pour un meilleur équilibre entre la vie personnelle et le travail est en train d’impulser un changement qui pourrait avoir des conséquences importantes pour nous tous. En effet, nos semaines de travail devraient bientôt se raccourcir.

C’est en tout cas la promesse que fait Simon Kuper dans le Financial Times. Il observe que la crise économique a pris fin, et que l’économie mondiale flirte de nouveau avec les taux de croissance qu’elle connaissait en 2011. Le taux de chômage dans la zone euro est au plus bas, et les États-Unis viennent de connaître la plus forte progression des salaires depuis 2009.

Désormais, les travailleurs qualifiés sont de plus en plus rares, ce qui les met en position de réclamer de nouveaux avantages. Or, de nombreuses études montrent que les millenials privilégient leur vie personnelle sur la vie au travail.

IG Metall

La semaine dernière, IG Metall, le plus gros syndicat allemand, a obtenu la semaine de travail de 28 heures pendant 2 ans au maximum pour ses adhérents qui ont des personnes à charge. C’est d’autant plus remarquable que la plupart des membres du syndicat sont des hommes, souligne Kuper.

Dans notre monde, l’Allemagne est encore un cas particulier pour les conditions favorables qu’elle accorde à ses employés. Dans les années 60, l’employé ouest-allemands travaillait 2163 heures en moyenne chaque année. Aujourd’hui, il n’en travaille plus que 1363 heures, le nombre le plus faible de tous les pays occidentaux. De plus, beaucoup d’entreprises allemandes interdisent à leurs salariés de lire leurs e-mails après leurs heures de travail. Daimler supprime même automatiquement les e-mails de ses employés en vacances.

Une mondialisation de la semaine de 28 heures ?

Mais si d’autres pays continuent de croître, la semaine de travail sera aussi placée au centre de leurs préoccupations, affirme Kuper. « Pendant les périodes d’essor, plus de gens veulent échanger le temps contre de l’argent », remarque-t-il. L’équilibre entre le travail et la vie privée apparaît de plus en plus crucial pour les jeunes générations.

L’accord obtenu par IG Metall n’est pas anodin. L’industrie du métal en Allemagne est le secteur le plus prospère du pays le plus florissant d’Europe. Les accords conclus par ce syndicat géant (2,3 millions de membres) ont tendance à établir une norme pour l’économie allemande.

La tendance gagne aussi l’Asie, dans des pays qui étaient pourtant réputés pour leur addiction au travail. Ainsi, le gouvernement de Corée du Sud veut réduire le nombre d’heures effectuées annuellement par les employés du pays – 2069 en 2016, ce qui plaçait le pays en tête de tous les pays riches de l’OCDE – pour le faire passer à moins de 1800 heures. Pour le moment, aucune mesure n’a été dévoilée, mais l’intention est déjà remarquable.

Même aux États-Unis, les choses commencent à évoluer. Amazon expérimente actuellement une semaine de 30 heures de travail payée l’équivalent du 75 % d’un salaire de plein temps pour ses équipes techniques.

Une nouvelle flexibilité

Des semaines de travail plus courtes n’arrangeront pas les salariés les plus pauvres, obligé de travailler plus pour joindre les 2 bouts, ou les travailleurs les plus riches, qui adorent leur travail et peuvent se faire aider pour les tâches domestiques.

Mais pour les classes moyennes des pays riches, une nouvelle vie au travail émerge actuellement, affirme Kuper. Une vie au travail avec des semaines plus courtes, que chacun pourra réduire à sa guise ponctuellement pour s’occuper de petits enfants ou de parents plus âgés. Cependant, la flexibilité sera aussi de mise, et les salariés pourront travailler plus lorsque leur vie personnelle sera plus calme. Il ne sera plus non plus question de punir les femmes tout au long de leur carrière pour les quelques années qu’elles auront consacrées à leurs jeunes enfants.

Il ne nous reste plus qu’à embrasser cette évolution…

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