Pourquoi nous sommes pourvus de lèvres

« Pourquoi l’homme est-il pourvu de tissus roses hypersensibles appelés lèvres qui entourent sa cavité buccale ? », s’est interrogé Jason G. Goldman de la BBC.

La plupart des mammifères ont des lèvres. Chez l’homme, ces parties charnues éversées ou courbées vers l’extérieur, gercées ou sèches en hiver, remplissent plusieurs fonctions.

La succion des lèvres comme réflexe archaïque

L’utilisation de nos lèvres pour la succion est un des premiers instincts dès la naissance. Ce mécanisme de succion, essentiel à notre survie, est connu sous le nom de « réflexe primitif ». En effet, nous sommes tous nés en sachant de manière innée comment utiliser nos lèvres pour sucer et aucun apprentissage n’a été nécessaire. Ce réflexe archaïque de succion est couplé à un mécanisme de réponse primitive : le réflexe d’enracinement qui permet aux nouveau-nés de s’allaiter. Dès que quelque chose effleure les lèvres du nouveau-né, le réflexe de succion est activé. La langue se charge de la majeure partie du travail, toutefois, les lèvres sont indispensables afin de garantir l’étanchéité du conduit pour que le nourrisson soit capable d’avaler le liquide. Ainsi, lors de l’alimentation à partir d’un biberon ou du sein de la mère, le comportement du nouveau-né n’est pas un acte passif. Il s’agit davantage d’un type de conversation qui ressemble à une danse de chaque partie et au sein de cette chorégraphie, se trouvent les lèvres.

Lire sur les lèvres

Outre leur importance pour l’alimentation, les lèvres revêtent également une importance cruciale lors de l’acte de parole. En phonétique articulatoire, il s’agit d’un lieu d’articulation fondamental qui aide à bloquer ou à faire passer l’air en provenance des poumons. Par exemple, en joignant vos lèvres de manière à entraver le passage de l’air, vous serez capables de créer les consommes occlusives labio-dentales « p » (sourde sans vibration des cordes vocales) et « b » (vocale avec vibration des cordes vocales). Par contre, si vous laissez un fin conduit entre vos lèvres pour laisser passer l’air, vous êtes en mesure de créer les consonnes fricatives labio-dentales « f » (sourde) et « v » (sonore).

Le baiser n’est pas commun à toutes les cultures

La parole est un élément essentiel de la vie mais cet acte ne provoque pas autant de plaisir que celui du baiser. Cependant, le fait d’embrasser n’est pas universel même si cet acte d’affection ou de respect concerne 90% des cultures du monde. Darwin expliquait que les Européens étaient tellement habitués à embrasser que l’on pourrait croire qu’il s’agit d’une chose innée chez l’homme. Or, ce n’est pas le cas. Dans certaines cultures d’Afrique subsaharienne, d’Asie et de Polynésie, le baiser n’est pas pratiqué et est parfois réprimé.

Bien que le baiser ne soit pas universel, il se pourrait qu’il ait des racines biologiques issues d’une combinaison de pulsions héréditaires et de comportements acquis. D’autres espèces embrassent également. Par exemple, les chimpanzés après un conflit ou encore les bonobos avec leur langue. Selon le zoologiste britannique Desmond Morris, le baiser tel que nous le connaissons pourrait provenir du comportement des primates qui prémâchaient la nourriture avant de la transmettre à leur progéniture. Les mères chimpanzés mâchent les aliments avant de les avaler pour ensuite presser leurs lèvres sur celles des petits afin que les aliments passent dans leur bouche. Cette façon de faire soulage l’anxiété du jeune chimpanzé et le couplage lèvres-nourriture déclenche également des sensations de plaisir.

Baiser et odorat vont de pair

Les lèvres sont des tissus extrêmement sensibles. La partie du cerveau responsable de la détection tactile et des informations issues de la surface du corps est appelé le cortex somatosensoriel qui se trouve dans le gyrus postcentral du cerveau. Dans cette zone cérébrale, la partie consacrée aux sensations dans la poitrine et dans l’estomac est relativement petite. Par contre, la partie relative aux sensations tactiles des mains et des lèvres est énorme. Notre expérimentation du monde passe non seulement à travers nos mains mais également via nos lèvres.

Selon le chercheur Gordon Gallup, au sein des cultures où le baiser n’existe pas, les partenaires sexuels ont l’habitude de souffler sur le visage de l’autre mais également de le lécher, de le sucer ou encore de frotter sa face avant tout rapport sexuel. Le soi-disant baiser esquimau ne consiste pas à se frotter le nez mais bien à renifler et échanger des odeurs afin de déterminer l’éventualité d’un partenaire amoureux. Par ailleurs, toujours selon Gallup, une femme semble être moins susceptible d’avoir une relation sexuelle avec un homme si ce dernier ne l’a pas embrassé en premier. Le baiser facilite le partage des phéromones et des odeurs corporelles qui fournissent une foule d’informations relatives par exemple à l’hygiène. Ainsi, le baiser est un bon moyen de renifler le partenaire et de juger si son odeur nous convient.

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