Pourquoi les dirigeants européens semblent-ils tout accepter d’Erdogan ?

Au cours d’une émission donnée à la télévision allemande, le président turc Recep Tayyip Erdogan a une nouvelle fois critiqué l’UE, l’accusant de ne pas respecter l’accord que son pays a conclu avec elle dans le cadre de la crise des réfugiés. Il l’a notamment accusée de ne pas avoir tenu son engagement de versement d’une aide financière de 3 milliards d’euros pour couvrir une partie des dépenses liées à l’hébergement des réfugiés syriens que la Turquie avait promis d’accueillir en échange. “Trois millions de Syriens ou de gens venus d’Irak ne trouvent en ce moment en Turquie. Et l’Union européenne n’a pas tenu ses promesses en la matière”, a dit Erdogan, précisant que la Turquie n’aurait reçu qu’“un à deux millions” d’euros seulement.“Beaucoup de gens en Europe se demandent pourquoi les dirigeants politiques du continent semblent prêts à tout accepter de ce qu’Erdogan peut dire, et de faire tout ce qu’il demande”, observe le blog financier Zero Hedge, qui note que la réaction des dirigeants de l’UE face à la dérive autoritaire d’Erdogan de ces derniers jours est bien molle.

  • Près de 3 % des  expéditions de pétrole brut, soit près de 3  millions de barils et plus d’une quart des importations européennes d’or noir, passent chaque jour le Détroit du Bosphore.
  • C’est aussi en Turquie que l’on trouve deux pipelines qui acheminent le pétrole de la Mer Caspienne et le pétrole irakien, de même que le Southern Gas Corridor, qui est censé fournir une alternative aux importations de gaz russe, que l’UE cherche désespérément réduire.
  • La ville de Ceyhan, située au Sud du pays, est aussi un important port sur la Méditerranée, et le plus grand terminal pour l’exportation du pétrole brut du pays, où débouchent deux pipelines, l’un en provenance de l’Azerbaïdjan, et l’autre, de l’Irak.  
  • Un nouveau pipeline, qui transporterait du gaz du Qatar vers l’Europe via la Turquie, est actuellement en projet de construction.

L’Europe marche sur des oeufs

“Ces intérêts géopolitiques coïncident largement avec ceux de l’Europe”, qui souhaite ardemment diversifier ses sources d’énergie, d’autant que le gaz est une alternative plus écologique et moins chère que le pétrole, note le site. Ainsi, l’UE veut augmenter sa consommation de gaz à l’avenir, mais elle ne souhaite pas se fournir en Russie. “Cela explique pourquoi l’Europe marche sur des œufs avec Erdogan, et pourquoi les dirigeants européens semblent danser sur les ordres du patron d’Ankara”. De même, il est fort probable que le président turc ne s’inquiète guère de la perspective de voir la candidature de la Turquie à l’adhésion européenne rejetée en cas de rétablissement de la peine de mort dans son pays.Le site conclut :

“Erdogan sera, selon toute vraisemblance, le nouveau patron du robinet de gaz en Europe. Il est ironique que l’Europe démocratique semble perpétuellement dépendante de dictateurs pour son énergie, au moins jusqu’à ce qu’elle devienne entièrement renouvelable, ce qui n’est pas pour demain”.

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