Economie

Pourquoi les Allemands préfèrent les espèces

En Allemagne, le paiement en espèces est largement répandu : les pièces et billets sont utilisés pour plus de trois quarts des transactions. Cela concerne même les gros achats ; il n’existe d’ailleurs aucun montant limite pour les paiements en espèces, alors qu’en France, par exemple, il n’est plus possible de régler un achat en espèces au delà de 1 000 euros.

Selon une étude menée par la Banque Centrale Européenne, en 2016 un porte-monnaie allemand contenait 103 euros en moyenne, le plus gros montant pour la zone euro. Ce sont les Français et les Portugais qui avaient le portefeuille le plus dégarni, avec respectivement 32 et 29 euros.

De nombreux commerçants allemands n’acceptent pas la carte bancaire

L’usage du liquide est si répandu chez nos voisins du Nord que de nombreux commerces allemands n’acceptent pas la carte bancaire, même chez les grandes enseignes : Ikea n’a commencé à accepter les cartes de crédit qu’en 2015.

Dans un monde qui aurait plutôt tendance à aller vers une virtualisation de la monnaie, la situation peut surprendre. On ne sait pas exactement pourquoi les Allemands ont une si nette préférence pour le liquide, mais il existe quelques hypothèses.

La première est une raison pratique : il est plus simple de contrôler ses dépenses et de visualiser l’état de ses finances en payant en liquide. La deuxième est qu’un paiement en liquide permet des transactions anonymes, un avantage important pour les Allemands qui tiennent beaucoup au respect de la vie privée. Certains évoquent aussi la culture allemande, qui érige l’épargne en vertu, et vilipende la dette. En allemand, dette se traduit par “schuld”, un mot qui signifie aussi « culpabilité ».

L’hyperinflation allemande de la République de Weimar

Enfin, cette préférence donnée aux pièces et billets serait liée à l’histoire monétaire tumultueuse du pays. Tout d’abord, l’hyperinflation qui a frappé l’Allemagne durant la république de Weimar en 1921-1923 a profondément marqué les mentalités. Durant cette période, les prix ont été multipliés par 1000 milliards, la miche de pain coûtait 428 milliards de marks et le kilo de beurre 6000 milliards ! Après la Seconde guerre mondiale, la monnaie s’est de nouveau retrouvée en difficulté, ce qui a mené à une nécessaire réforme de la monnaie en 1948. Les Allemands furent forcés de changer leurs reichsmarks en deutsche marks, perdant au passage plus de 90 % de leurs économies à cause du taux de change.

L’hyperinflation fait aimer les espèces

On sait que l’hyperinflation reste dans les esprits pour longtemps. Les habitants de pays qui ont traversé des crises bancaires préfèrent souvent économiser en liquide plutôt que de placer leur argent à la banque. En Bulgarie et en Roumanie, des pays aux histoires récentes d’instabilité de la monnaie et de crises financières, on utilise également beaucoup l’argent liquide.

Et pourtant, le paiement par carte s’impose doucement chez nos voisins, comme le révèle une étude récente de la Bundesbank. Ainsi, la proportion des paiements en liquide recule, passant de 53,2 % en 2014 à 47,6 % en 2017 (en valeur). Dans le même temps, les paiements par carte bancaire se répandent et représentaient en 2017 39,5 % des transactions, une augmentation de 6,1 points en trois ans – la carte bancaire est maintenant le moyen préféré de paiement pour les opérations de plus de 50 euros.

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