Le portugal est ‘an accident waiting to happen’

Caixa Geral de Depósitos (CGD), la plus grande banque du Portugal, est au bord de l’effondrement, après un premier trimestre catastrophique. Selon le journal espagnol El País elle aurait besoin d’une recapitalisation de 4 milliards d’euros pour se sortir des difficultés. Ce montant équivaut à 2,5 % du PIB portugais. Caixa Geral de Depósitos détient en portefeuille quasiment un tiers des dépôts et 22 % des prêts de tout le pays. La banque vient de réaliser un très mauvais premier trimestre qui se solde par des pertes de 74 millions d’euros. Au total, sur les 5 dernières années, elle a perdu près de 2 milliards d’euros.   Le Premier ministre portugais, le socialiste Antonio Costa, a confirmé samedi que le gouvernement approuvera la recapitalisation de CGD. Une aide d’État de ce type doit forcément recueillir l’approbation de Bruxelles, car elle enfreint les règles de la libre concurrence à laquelle sont soumises les banques, d’autant que la nouvelle réglementation prévoit le sauvetage des banques par les actionnaires et les clients avant d’envisager un plan de secours par l’Etat. En outre, cet agrément ne manquera pas de s’accompagner d’une compensation prévoyant probablement une réduction sévère du nombre des agences de la banque et de ses effectifs, note El País.Il y a à peine six mois, le gouvernement portugais avait déjà dû intervenir pour empêcher la faillite de Banif, une autre banque portugaise. La grande banque espagnole Santander a racheté les actifs sains de Banif ; l’Etat portugais a créé une “bad bank” pour reprendre les actifs à risque, et a injecté près de 2,3 milliards d’euros.Fabio Balboni, économiste de la banque HSBC, a publié cette semaine une note cinglante sur le Portugal. Même si le Portugal parvient à recapitaliser la banque sans violer les règles de l’UE sur les aides d’État, les conséquences pour l’économie portugaise déjà en difficulté pourraient être désastreuses. Balboni souligne que cette situation expose une fois de plus la fragilité du système bancaire européen.Le Portugal sera alors incapable de faire face aux paiements de ses remboursements d’emprunts. Le pays,qui est sorti du plan d’aide international il y a deux ans, est actuellement suivi dans le cadre du programme de surveillance (PPS) de la Commission européenne, jusqu’à ce qu’il ait remboursé au moins 75 % des prêts reçus dans le cadre de son plan de sauvetage. En effet, en mai 2011, il avait reçu une aide d’urgence de 78 milliards d’euros, contre un plan de rigueur pour remettre de l’ordre dans ses comptes. Celle-ci devrait être totalement remboursée à l’échéance 2026.La dette nationale, qui se montait à plus de 130% du PIB à la fin 2015, pourrait donc repartir à la hausse, ce qui pourrait impliquer une dégradation de la cote du Portugal, et une augmentation de ses coûts d’emprunt. En outre, le pays pourrait se voir interdire l’accès au programme d’assouplissement quantitatif de la BCE, comme la Grèce. Ce scénario pourrait générer une nouvelle situation d’urgence financière qui l’obligerait à solliciter une nouveau plan de sauvetage. Balboni craint aussi la réaction des marchés financiers. Une grâce de la CE Plus tôt ce mois-ci, le Portugal avait bénéficié de la clémence de la Commission européenne, comme l’Espagne. Les deux pays n’ont pas respecté les objectifs fixés en matière de déficit budgétaire. Le président de la CE, Jean-Claude Juncker, a décidé de remettre à juillet son jugement concernant une possible sanction. Les deux nations encouraient une pénalité de 0,2% de leur PIB, mais Juncker a préféré attendre l’issue des prochaines élections en Espagne avant de prendre une décision. Le déficit du Portugal pour 2015 a atteint 4,4 %, ce qui est plus de 1,7 % au-dessus de 2,7 % qui avaient été convenus. Il est clair que désormais, en sus de la saga grecque, des problèmes de l’Italie et de la paralysie de l’économie française, une nouvelle crise est en train d’émerger au Portugal.

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