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L’euro est très populaire. La BCE pas du tout

20 ans après son introduction, l’euro jouit d’une grande popularité parmi les citoyens de la zone euro. 75% d’entre eux sont favorables à la monnaie. 20% sont contre. C’est ce que révèle le dernier Eurobaromètre de la Commission européenne, qui date du 21 décembre dernier. Inversement, les années de crise n’ont pas favorisé la popularité de la BCE.

Si l’on considère l’ensemble de l’UE, 62% des citoyens européens ont une image positive de l’euro. Les pays les plus favorables sont l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Irlande, le Luxembourg et la France. Les pays d’Europe centrale et scandinaves sont les plus réticents à l’égard de la monnaie unique, à l’exception de la Hongrie et de la Roumanie.

Chaque fois que le chômage dans la zone euro augmente de 1%, cela se traduit par une perte de 1,3% du soutien à l’euro. Mais cet effet est bien plus grand quand on examine la popularité de la Banque centrale européenne (BCE). Une hausse de 1 % du chômage dans la zone euro réduit le soutien à la BCE de 4,2 %, selon les calculs du journal économique français Les Echos.

La popularité de l’euro profite clairement de la baisse du chômage

Depuis le début de la crise financière de 2008, la popularité de l’euro (ou son absence) est uniquement affectée par le chômage. Auparavant, cette popularité était déterminée par l’inflation plutôt que par l’emploi. Lorsque le pouvoir d’achat chutait de 1%, cela se traduisait par une perte de popularité de la monnaie unique, qui pourrait atteindre 15%. La popularité de l’euro bénéficie désormais clairement de la baisse du chômage dans la zone euro qui a débuté en 2013 (voir graphique). En effet, jamais l’euro n’a été aussi populaire qu’aujourd’hui. Les pertes subies au cours des années de crise ont été largement compensées.

Ce n’est nullement le cas pour la Banque centrale européenne (BCE). La Banque centrale européenne (BCE) n’a jamais réussi à ramener l’enthousiasme de la population à son niveau d’avant la crise. Et ce, malgré ses tentatives répétées pour soutenir l’économie et vulgariser sa communication.

« La BCE est une institution financière étrangère »

Les économistes estiment que l’euro a rempli trois valeurs fondamentales auxquelles une monnaie doit se conformer. Ils entendent par là que la monnaie fonctionne bien comme un moyen d’échange, comme un moyen de calcul et comme un moyen d’épargne. Le fait que l’inflation soit restée faible dans la zone euro a sans aucun doute favorisé le soutien de la monnaie. Depuis la faillite de la Lehman Brothers Bank en septembre 2008, Les Echos a calculé que le taux de change réel de l’euro n’a baissé que de 8,8%. Et ce, malgré les 2,500 milliards d’euros injectés artificiellement dans l’économie.

Mais outre leurs gouvernements, les Européens tiennent également la BCE pour partie responsable de la crise de l’euro et de la politique de rigueur qui a entraîné une augmentation du chômage. La politique monétaire menée tant par la BCE que par les gouvernements n’a pas suffisamment aidé les citoyens ordinaires. En conséquence, la population a perdu confiance dans ces institutions, écrit le journal.

« L’argent est tombé dans les poches de certains, mais pas dans celles des autres

L’année dernière, l’ancien président français du FMI, Dominique Strauss-Khan (DSK), avait synthétisé cette observation comme suit :

«Quand il y a un incendie, les pompiers interviennent et il y a de l’eau partout. Après il faut éponger, ce que l’on n’a pas fait. Et comme cette eau est tombée dans les poches de certains et pas dans celles de tout le monde, il y a eu une explosion des inégalités. Cela a conduit au développement du populisme dans tous les pays européens aujourd’hui. »

Selon l’ancien dirigeant du FMI, cet argent a été distribué de manière inégale et ne s’est pas retrouvé là où il était nécessaire. Les petites et moyennes entreprises et la classe moyenne n’ont pas bénéficié de ce tsunami. Ce sont donc principalement les riches qui ont pu utiliser cet argent pour s’enrichir davantage. Dans presque tous les pays riches, les inégalités n’ont fait qu’augmenter ces dernières années.

Combler l’écart de popularité entre l’euro et la BCE risque de devenir un travail de longue haleine. Redorer l’image d’une institution financière technocrate et trop éloignée des citoyens devient une lourde tâche qui incombera bientôt à Christine Lagarde, qui a succédé à DSK au FMI, mais qui dirigera bientôt la BCE.

IMF - Christine Lagarde
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