Economie

QEternity et la TMM déconnectent complètement les marchés boursiers de l’économie réelle

« Les marchés boursiers et du crédit ne sont plus déterminés par les fondamentaux économiques, mais par les promesses des banques centrales. Outre les taux d’intérêt bas, ces promesses incluent également une politique monétaire future modérée et un QE illimité. »

Torsten Slok, l’économiste en chef de Deutsche Bank Securities, écrit ceci dans une note adressée aux clients. Slok est normalement très sceptique concernant la politique monétaire actuelle de la Fed et de la BCE. Aujourd’hui, cependant, il arrive à la conclusion que la santé du monde des affaires d’un pays ne détermine plus le prix d’une action.

La croissance économique américaine sera plus faible au second semestre qu’au cours des six premiers mois. Cette tendance menace de se renforcer davantage en 2020. Mais les marchés boursiers continuent d’établir des records et trouvent dans chaque tweet de Donald Trump une raison pour augmenter les cours.

Le meilleur exemple en est l’indice boursier S & P 500, qui est supérieur de plus de 20 % à celui de l’an dernier, malgré le ralentissement de l’économie américaine et le recul de la création d’emplois. Les États-Unis ont enregistré une croissance négative de leurs bénéfices au deuxième trimestre, une tendance qui semble également vouée à se poursuivre aux troisième et quatrième trimestres. Dans des circonstances normales, la croissance des bénéfices est l’un des facteurs les plus importants pris en compte par les analystes lors de l’évaluation d’un titre.

La TMM devient progressivement une réalité

Selon Slok, de nouvelles règles s’appliquent désormais aux marchés financiers. Par exemple, les banques centrales fournissent des filets de sécurité financiers illimités et la théorie monétaire moderne (TMM) devient de plus en plus une réalité grâce à une politique budgétaire plus agressive.

Selon les partisans du TMM, les taux d’intérêt auxquels les pays peuvent emprunter sont, à long terme, inférieurs à la croissance de la valeur de la production. En d’autres termes : la richesse que nous créons grâce à ces dettes est supérieure aux montants que nous devons rembourser. Le montant des sommes à payer n’a plus d’importance tant que l’inflation est maîtrisée.

C’est le cas de la Grèce, un pays qui, après la crise financière, n’a retrouvé l’accès aux marchés financiers qu’en avril 2018. 18 mois plus tard, le même pays est payé pour emprunter de l’argent. Plus tôt cette semaine, il a levé 487 millions d’euros pour une durée de 13 mois. A un taux d’intérêt négatif de -0,02%.

Slok se demande si les marchés boursiers pourraient baisser encore plus. Il pense que même une récession aura peu d’impact sur les marchés du crédit. Si tout cela se réalise, nous nous retrouverons dans une toute nouvelle réalité économique.

3 différences avec des épisodes similaires précédents

Selon Slok, trois éléments distinguent le contexte économique actuel des épisodes similaires précédents :

1. Premièrement, la Fed réagit directement à ce qui se passe sur les marchés boursiers . En d’autres termes, la banque centrale américaine tente d’éviter un krach boursier à tout prix, malgré les cours boursiers gonflés artificiellement.

2. La Banque centrale européenne lancera un nouveau programme d’assouplissement quantitatif le mois prochain, qui devrait encore mener à une augmentation du cours des actifs risqués. Exactement ce contre quoi Oliver Baete, le CEO du plus grand assureur européen Allianz, à mis en garde la semaine dernière. Baete accuse la BCE de multiplier les risques en incitant les banques et les assureurs à investir dans des obligations d’État. La BCE considère ces investissements comme des « actifs sans risque ». Une mesure qui, selon l’assureur, a amplifié la crise dans la zone euro en 2012.

3. Les banques centrales promettent un assouplissement budgétaire efficace. Pourquoi les investisseurs devraient-ils vendre des actions si les banques centrales promettent une politique d’assouplissement fiscal en injectant de nouveau des milliards dans les marchés boursiers ? Une mesure qui ne peut qu’accroître le cours des actions et de l’immobilier.

Slok devient ainsi l’un des premiers économistes à affirmer que c’est la politique des banques centrales, et non plus la performance économique, qui influe sur le cours d’une action de la société.

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