Economie

« La politique monétaire de la BCE n’a eu aucun effet sur l’économie »

La Banque centrale européenne (BCE) a injecté 2 500 milliards d’euros dans l’économie dans le cadre du programme d’assouplissement quantitatif (QE) au cours de ces dernières années. Mais selon deux chercheurs du Bureau central de planification (BCP), cette politique monétaire non conventionnelle n’a pas eu d’effet statistiquement significatif sur l’activité économique réelle.

Le Quantitative Easing (QE) ou « assouplissement quantitatif » de la monnaie est un terme compliqué pour un concept simple. C’est une politique d’achats à grande échelle de titres de dettes détenus par les banques (bons du trésor, obligations d’entreprises, ou autres). Le but de ces achats consiste à transférer les liquidités ainsi dégagées aux banques pour qu’elles les injectent dans l’économie réelle sous la forme de prêts aux entreprises et aux particuliers.

L’objectif in fine est donc de faciliter l’octroi de crédit, qui lui-même favorise la consommation de biens, de services ou d’investissements, afin de déclencher une reprise économique. On cherche également de cette manière à stimuler l’inflation. Car comme l’inflation rend les choses plus chères, nous préférons les acheter aujourd’hui plutôt que demain, alors qu’elles coûteront plus cher. L’inflation nous permet donc de dépenser plus facilement de l’argent, et là encore, de stimuler l’économie.

Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, manque rarement une occasion de faire savoir que sa politique a réellement fonctionné. La zone euro serait sortie de la crise grâce à son intervention. Au grand dam de l’épargnant, qui est devenu le grand perdant de cette politique. Mais les deux économistes sapent également la version de Draghi ainsi que celle d’autres études sur la politique monétaire de la BCE.

« Aucune preuve statistiquement significative que la politique monétaire non conventionnelle de la BCE a eu un impact sur l’économie »

« La conclusion est que certaines des estimations publiées ne sont pas fiables », écrit Adam Elbourne, chercheur au BCP (.pdf)

Il y a deux ans, le BCP avait écrit que la politique de la BCE avait un impact « négligeable » sur l’économie. Or, les deux chercheurs affirment que cette conclusion « était fondée sur des études empiriques qui se sont révélées peu fiables ».

Diverses études internationales ont examiné l’effet d’une politique monétaire aussi extraordinaire sur l’économie. Selon le BCP, les économistes ne sont pas du tout en mesure d’isoler précisément l’effet de la politique de la BCE sur les autres chocs de l’économie.

Dans leur article, les deux chercheurs expliquent qu’ils ont introduit des « nombres aléatoires » dans leur modèle. Leur conclusion ? Cela « produisait des réactions d’impulsion statistiquement indiscernables et des séries chronologiques de prétendus chocs de politique monétaire ».

« De plus, avec cette technique alternative, nous ne trouvons aucune preuve statistiquement significative qu’une politique monétaire non conventionnelle ait un effet sur la production, et une preuve insuffisante d’un effet sur l’inflation », écrivent les chercheurs. 

Cela montrait que les études précédentes ne disent rien de la politique de Draghi.

En janvier, la BCE a cessé d’acheter de nouvelles obligations. Toutefois, les obligations arrivant à échéance sont toujours renouvelées, de   sorte que la taille du bilan de la BCE ne diminue pas encore.

Pendant ce temps, l’économie de la zone euro est déjà en train de se refroidirLa production industrielle dans les 19 pays de la zone euro a connu son plus fort ralentissement depuis la crise financière. La croissance économique ne dépassera guère 1 % cette année, tandis que le moteur économique est déjà en train de caler en Allemagne. L’Italie est entrée à nouveau en récession, tandis qu’en France les « gilets jaunes » pèsent sur l’économie.

BCE: « Une nouvelle tournée d’argent bon marché pour les banques est l’une des possibilités »

Dans une interview accordée au Deutsche Börsen Zeitung, l’économiste de la BCE, Peter Praet, a déclaré qu’une nouvelle tournée de fonds bon marché pour les banques était une possibilité. Celle-ci pourrait prendre la forme d’opérations de refinancement ciblées à long terme (TLRO), qui fourniraient un crédit à long terme supplémentaire aux banques.

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