Oubliez les ‘fake news’ : le vrai problème de notre temps, c’est la partialité des informations

On a beaucoup parlé du phénomène des « fake news », qui se répandent rapidement, souvent sur les médias sociaux ou d’autres plates-formes en ligne. Mais selon Koichi Hamada, professeur émérite à l’université de Yale, et conseiller du Premier ministre japonais Shinzo Abe, il ne s’agit pourtant pas de la plus grande menace. Il estime en effet que les informations partiales sont bien plus efficaces pour orienter l’avis des lecteurs, et éventuellement, les dresser contre leurs dirigeants politiques. Hamada rappelle que récemment, des journalistes d’une émission de télévision japonaise associée à un journal à tendance libérale l’avaient contacté pour obtenir une interview à propos de la stratégie économique adoptée par le Premier ministre Abe, les « Abenomics ». Au cours de l’interview, qui a duré environ une heure, Hamada a souligné la réussite de cette politique, même si le gouvernement d’Abe avait été confronté à des difficultés d’ordre politique. Mais lorsque l’émission a été diffusée, il a eu la désagréable surprise de constater que son intervention avait été réduite à 2 minutes, concentrées sur les défis politiques du Premier ministre japonais, plutôt que ses succès économiques.Heureusement, au Japon, les électeurs n’ont pas été influencés par ce type de reportage. Mais il n’en va pas de même aux États-Unis, où les articles tendancieux véhiculés sur les médias sociaux ont eu un effet très puissant sur les électeurs. En particulier, ils ont très fortement accentué la polarisation de la politique.Le président américain Donald Trump lui-même n’est pas une victime innocente de la partialité des médias, juge Hamada. « Mais le cas de la politique américaine aujourd’hui souligne le besoin des électeurs du monde entier de disposer de comptes-rendus objectifs et complets de ce qui se passe dans leur pays et dans le monde. Seulement à ce moment-là pourront-ils être réellement capables de faire des choix éclairés à propos de leur avenir collectif, comme un système démocratique l’exige ».

Les piliers de la crétinisation

La partialité des informations est aussi l’un des « 7 piliers de la crétinisation » décrits par Maxime Tandonnet sur son blog personnel. Tandonnet est un essayiste et haut fonctionnaire français. Les partis pris délibérés de l’information relèvent selon lui du pilier de « La propagande idéologique assumée » :

« L’impartialité, l’honnêteté intellectuelle, le pluralisme et le débat d’idées sont des principes surannés. Toute présentation des choses est forcément partiale ou « engagée », (sur l’immigration, l’Europe, la France, la sécurité, l’économie, l’éducation) la mission du monde médiatique n’est pas de fournir des éléments de réflexion, mais de forger et forcer l’opinion, la mettre sur le chemin du supposé « bien ». Les faits s’effacent devant le message idéologique. »

Ce pilier peut être combiné à un autre pilier, celui de « la diabolisation positive » :

« La société médiatique a besoin  d’épouvantails pour imposer ses codes et ses valeurs, de contre-modèle auxquels assimiler toute pensée ou ressenti divergeant de la norme ».

Ainsi la diabolisation du parti d’extrême droite Front National a deux aspects, explique Tandonnet. En exploitant les moindres faux-pas du parti, les médias assurent sa présence constante dans l’actualité, tout en l’ostracisant en permanence. Il y a donc une ambiguïté, puisqu’ils en font la publicité tout en le proscrivant.Mais ces 2 principes ne peuvent fonctionner qu’en raison de l’existence d’un 3e pilier, « La table rase ».

Pour que la manipulation opère, il faut « que les individus soient privés d’un socle de connaissances et de références personnelles ». En particulier, les épisodes historiques impliquant les tragédies de l’histoire dans lesquels le conformisme a été une composante essentielle, ou encore les drames historiques liés à des cultes de la personnalité doivent être méconnus et oubliés.

Tandonnet conclut que ces piliers étaient également des caractéristiques des régimes totalitaires du XXe siècle. Il est étonnant de les voir renaître de nos jours alors qu’on les croyait définitivement abolis, note-t-il.

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