Economie

Parier sur une startup ? Chez Alphabet, c’est La Machine qui prend la décision

Dans la plupart des sociétés de capital-risque, les associés se consultent et utilisent leur perception et intuition pour prendre des décisions d’investissement sur des startups dont l’activité est parfois tellement futuriste ou originale qu’il n’existe que peu d’éléments de référence sur lesquels asseoir une décision rationnelle. Mais chez GV (anciennement connu sous le nom de Google Ventures) d’Alphabet (la maison-mère de Google), c’est un algorithme qui prend ces décisions depuis des années.

Selon Axios, cet algorithme, surnommé “La Machine”, a été mis en service en 2009, et depuis cette époque, c’est lui qui décide quelles startups et quels investissements la maison-mère de Google doit financer.

Un travail de programmation pour compléter des emplois du temps peu remplis

GV était une des premières sociétés de capital-risque à recruter des ingénieurs pour travailler avec les sociétés de son portefeuille, plutôt que des financiers. Ces ingénieurs étaient chargés d’épauler ces startups sur les “défis techniques” qu’elles s’étaient fixées de surmonter. Mais à l’époque, ces startups étaient très peu nombreuses, et ne permettaient pas d’occuper ces ingénieurs pour la totalité de leur temps de travail.

Leur employeur (GV) leur a donc demandé de construire un outil appelé le “Vortex”, pour gérer les flux d’investissement. C’est ainsi que “La Machine” a vu le jour. Les ingénieurs l’ont alimentée avec un grand nombre de données du marché et les détails des dossiers d’investissements de startups susceptibles d’intéresser Google. L’algorithme de “La Machine” classe alors ces dossiers sur une échelle de 1 à 10, et émet des décisions sous la forme de feux verts, rouges ou jaunes.

En pratique, seul un feu vert (8 points ou plus) déclenche une décision d’investissement. Entre 2 périodes, La Machine est mise à jour avec de nouvelles données, et les scores obtenus par un projet sont susceptibles de changer, ce qui complique les comparaisons indispensables pour les compléments d’investissements sur un dossier suivi.

Un comité d’investissement à lui tout seul

L’activité de capital risque a pris beaucoup d’essor chez Alphabet, et l’année dernière, la Machine de GV gérait un portefeuille d’actifs s’élevant à 2,4 milliards de dollars (environ 2 milliards d’euros). Et alors que l’algorithme n’avait été conçu que pour fournir une assistance à l’investissement pour les investisseurs inexpérimentés d’Alphabet, aujourd’hui, il s’est totalement substitué à eux pour incarner le comité d’investissement à lui tout seul. En clair, chez Alphabet, c’est un robot qui prend les décisions d’investissement en matière de capital-risque.

Les activités représentées dans son portefeuille se rapportent aux logiciels d’entreprises (il a notamment décidé d’investir dans Slack, qui a produit un logiciel collaboratif, et Stripe, qui est derrière un système de paiement en ligne), des marques de consommation courante (avec notamment la société leader de la location de voiture de tourisme avec chauffeur, Uber), ou de conception de drones et de robots faisant appel à des technologies de pointe.

Google a finalement racheté 7 des entreprises qu’il a ainsi parrainées, et notamment Nest, une société qui fabrique des thermostats et des détecteurs de fumée connectés, que Google a acquise en 2014 pour la coquette somme de 3,2 milliards de dollars.

Et le flair ?

“Google Ventures, comme tous les fonds de capital-risque, ne révèle pas publiquement ses gains. Mais ses associés ne peuvent compter que sur une seule main le nombre d’investissements qui ont échoué parmi les 170 qu’il a réalisés, bien qu’il soit trop tôt pour savoir combien d’entre eux réussiront au final, et il a aussi manqué des opportunités d’investissement dans certaines entreprises superstars”, écrivait le New York Times en 2013.

Toutefois, certains employés de GV ne partagent pas l’enthousiasme de leur employeur pour ce financier robotique, estimant que le facteur “intuition”, inhérent à l’humain, est parfois capital pour ne pas rater certaines opportunités. Mais l’ex-CEO de GV, Bill Maris, qui a quitté l’entreprise en 2016, ne partageait guère leur avis. En 2013, il avait expliqué au New York Times qu’il serait “idiot” d’investir en se basant uniquement sur son flair lorsqu’on avait créé le plus vaste système de données et d’infrastructure “cloud” du monde.

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