Paradise Papers : 0,001% des plus riches esquivent 30% des impôts qu’ils devraient payer

Les 0,01 % de personnes les plus riches du monde réussissent à éviter de payer 30 % des impôts qu’elles doivent. En outre, 40 % des bénéfices que les multinationales réalisent se retrouvent dans les paradis fiscaux. C’est ce qu’affirme Gabriel Zucman, professeur de fiscalité dans le journal français Le Monde. Zucman réagit ainsi à la nouvelle affaire révélée dimanche par le Consortium International des Journalistes d’Investigation (ICIJ). Le ICIJ est une collaboration de journalistes qui se sont emparés de millions de documents qui avaient fait l’objet d’une fuite. Ces documents montrent qu’une société offshore des Bermudes mettait en place des montages fiscaux pour les sociétés multinationales, les célébrités et les ultra-riches, pour maintenir leur richesse dissimulée. Cette affaire a été nommée « Paradise Papers ». Du côté belge, des journalistes du Soir, de De Tijd et de Knack travaillent à cette enquête.

0,5 % du PIB mondial

Selon Zucman, chaque année, 350 milliards de dollars échappent aux impôts de cette manière. Au total, cela représente environ 0,5 % du PIB mondial. Ce montant correspond également au triple de la somme qui est consacrée à l’aide au développement dans le monde. Le Trésor belge a déjà perdu des millions d’euros d’impôts en raison de milliers de montages fiscaux aux Bermudes. Selon De Tijd, le terme de recherche « Belgique » a fait remonter 64 000 résultats. Même après un filtrage approfondi pour éliminer les informations inutiles, il restait encore des centaines d’entreprises et de personnalités de Belgique.

Ageas, Nike, Janssen Pharma…

Il y aurait donc plus de 500 belges sur la liste. Le journal De Tijd a publié mardi les noms d’un certain nombre de sociétés belges connues. Tout d’abord, il y a Ageas, le plus grand assureur du pays. Ensuite, le centre de distribution fortement subventionné de Nike à Laakdal, qui ne paye que des impôts minimes dans notre pays depuis des années. Selon Lars Bové de De Tijd, au fil des ans, Nike aurait reçu plus de subventions qu’elle n’aurait payé d’impôts. On retrouve également le groupe Janssen Pharmaceutica, qui bénéficie déjà d’un important avantage fiscal dans notre pays et ne paye que 3 % d’impôts.Mardi, plusieurs médias ont aussi mentionné les noms du géant de la technologie Apple et du pilote de formule 1 Lewis Hamilton. Dimanche, la reine d’Angleterre, le secrétaire américain du Commerce Wilbur Ross, et le bras droit du premier ministre canadien Justin Trudeau, ou encore Madonna, Bono, et Jared Kushner, le gendre du président américain Donald Trump, avaient déjà été cités.

Pas illégal

La pratique qui consiste à placer de l’argent au travers de sociétés offshore dans des paradis fiscaux n’est pas forcément illégale. Les particuliers ou les entreprises peuvent éviter de payer des impôts dans leur pays en plaçant une partie ou la totalité de leurs actifs dans des pays qui offrent des avantages fiscaux aux non-résidents. L’évasion fiscale peut être motivée par la fraude, mais aussi par ce qu’on appelle l’optimisation fiscale. C’est un terme qui décrit l’exploitation par les entreprises et des particuliers de constructions légales et de vides juridiques afin de payer moins d’impôts.

Le vrai défi

Mais le vrai défi est bien plus important que ces 350 milliards : cette affaire est symbolique des centaines de milliards d’avantages fiscaux que divers gouvernements (Belgique, Irlande, Hollande, Luxembourg,…) accordent encore dans la concurrence qu’ils se livrent pour attirer les entreprises et développer les activités dans leur propre pays. Mais ces avantages constituent également autant d’impôts supplémentaires pour les autres contribuables – euro pour euro. C’est une discrimination à l’égard des autres contribuables qui ne bénéficient pas d’accords similaires.

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