Economie

« Seule, l’énergie nucléaire peut sauver la planète »

Le monde n'aura guère d'autre choix s'il veut agir avant que le réchauffement climatique n'atteigne un cap irréversible

C’est l’aspect mathématique de la question de la réduction des énergies fossiles que Joshua S. Goldstein, professeur émérite de relations internationales à l’American University, et Staffan A. Qvist, ingénieur en énergie et consultant, invoquent dans une tribune publiée dans le Wall Street Journal, dans laquelle ils plaident pour la réhabilitation du nucléaire comme une énergie idéale pour freîner le réchauffement climatique. 

Ils rappellent qu’actuellement, plus de 80 % de l’énergie produite dans le monde provient de sources fossiles, et que la consommation de ces énergies fossiles ne cesse de croître, en raison de la croissance économique des pays pauvres, et de leur demande énergétique en conséquence. Même si l’amélioration des rendements énergétiques peuvent améliorer la situation, elle ne pourra pas permettre de faire face à cette forte hausse de la demande, et seule, une énorme augmentation de la production d’énergie propre le pourra.

Une forte hausse de la demande en électricité

Selon les calculs de ces deux auteurs, pour « décarboniser » le monde économique, il est nécessaire de produire 100 000 milliards de kilowattheures par an, soit à peu près l’équivalent de la consommation annuelle totale de combustibles fossiles. Et pour atteindre cet objectif d’ici une trentaine d’années, le monde doit produire chaque année 3 300 milliards de kilowattheures supplémentaires d’énergie propre.

En parallèle, nous sommes entrés dans un processus de conversion des moyens de transport aux moteurs électriques, ce qui implique une nouvelle hausse de la demande pour l’énergie électrique. Compte tenu de la vitesse actuelle de leur expansion, le solaire et l’éolien ne pourront jamais générer toute l’électricité supplémentaire requise par ces évolutions.

Ainsi, même si le monde calquait son effort sur celui de l’Allemagne, le pays le plus ambitieux dans le domaine de la transition énergétique, il ne produirait que 0,7 milliard de kilowattheures d’électricité propre chaque année, soit seulement un peu plus du cinquième de l’objectif annuel de 3,3 milliards de kilowattheures nécessaires. Et il faudrait alors… 150 ans pour décarboniser le monde.

Des énergies renouvelables qui présentent encore des inconvénients insurmontables

En outre, même si ces sources d’énergie renouvelables se sont beaucoup améliorées, elles ne peuvent pas encore se substituer à des sources fiables et régulières comme le gaz naturel ou le charbon. Outre le fait qu’il ne fait qu’elles sont tributaires des conditions météorologiques, il n’est pas encore possible de stocker toute l’énergie produite lorsque celles-ci sont optimales pour la production électrique.  Enfin, le déploiement à très vaste échelle de ces sources d’énergie propre serait destructeur de vastes étendues agricoles et de forêts.

Or, le monde dispose déjà d’une source d’énergie qui peut être rapidement développée, fiable et régulière, et ne nécessitant pas la mise en oeuvre de vastes surfaces de terres : le nucléaire.  Lorsque la France et la Suède ont décidé de bâtir des centrales nucléaires pour remplacer leurs sources d’énergies fossiles dans les années septante du siècle dernier, elles ont réussi à développer leur production électrique en fonction de leur PIB 5 fois plus rapidement que l’Allemagne ne le fait actuellement. En Suède, la production d’électricité, mais les émissions de carbone du pays ont été divisées de moitié.  En France, le prix de l’électricité issue du nucléaire est quasiment inférieur de moitié (55 %) à celui de l’Allemagne.

L’énergie nucléaire est bien plus sûre que d’autres sources d’énergie très productives

Dans ces conditions, pourquoi le nucléaire n’apparaît-il pas spontanément comme la solution de choix pour la transition écologique dans ce contexte de forte hausse de la demande pour une énergie propre ? Parce que la plupart des politiques en matière énergétique ne sont pas guidées par les faits, mais par l’influence des craintes que la radioactivité inspire, déplorent les deux auteurs.

Pourtant, le nucléaire est l’énergie la plus sûre qui soit, plaident-ils. Sur les 60 dernières années, le nucléaire n’a été à l’origine que d’une seule catastrophe, celle de Tchernobyl, en 1986, au cours de laquelle 60 personnes ont trouvé la mort, tandis que des millers d’autres ont été victimes de radiations.  Mais en 1975, des dizaines de milliers de personnes ont péri en Chine à la suite de la rupture du barrage de Banqiao, après le passage du Typhon Nina ; en 1984, une fuite de gaz dans la filiale de la firme américaine Union Carbide à Bhopal, en Inde, a provoqué une explosion qui a tué 4000 personnes sur le coup. Par la suite, près de 15 000 autres personnes sont mortes des maladies provoquées par leur exposition aux gaz. Et pourtant, nous n’ostracisons pas ces secteurs en conséquence, observent Messieurs Goldstein et Qvist. Ils rappellent aussi que des centaines de personnes meurent prématurément chaque année en raison de l’utilisation du charbon, et de la pollution atmosphérique qui en résulte.

Par contraste, les derniers désastres survenus dans des centrales nucléaires n’ont pas causé autant de victimes. L’accident de la centrale américaine de Three Mile Island en 1979 n’en a fait aucune. Et les 20 000 morts que l’on associe à la catastrophe de Fukushima en 2011 au Japon sont davantage le fait de l’évacuation mal organisée de la zone après la catastrophe ; seule une personne est morte à la suite des radiations en 2016. Sur une année, et dans notre environnement habituel, nous recevons des niveaux de radiation parfois supérieurs à ceux que l’on avait constatés chez la plupart des personnes qui avaient été évacuées de Fukushima.

La seule stratégie win-win

Les déchets nucléaires, souvent présentés comme un problème insurmontable, sont en fait d’un volume très réduit, incomparable avec celui des déchets toxiques issus du charbon et des autres énergies fossiles. « Les déchets provenant de la consommation d’électricité à long terme issue de l’énergie nucléaire d’un Américain pourraient tenir dans une canette de soda », affirment-ils. Les déchets sont maintenant transférés dans des fûts de béton stockés sur site qui assurent une sécurité pluricentenaire.

La construction de centaines de réacteurs nucléaires dans les prochaines années serait « une stratégie win-win qui donnerait à l’humanité sa seule voie viable pour mettre fin à une catastrophe climatique tout en fournissant aux pays les plus pauvres l’énergie dont ils ont besoin pour se développer », concluent les deux auteurs.

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4 Comments

  1. Il faut surtout développer les centrales nucléaires au Thorium, comme proposées par le Prix Nobel de Physique Carlo Rubbia. Elles ne produisent pas de déchets !

  2. Bonjour, ce professeur est-il financé par le lobby nuclaire ou est-il totalement indépendant ? C’est la première question à se poser. Merci

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