Economie

« Nous ne pouvons pas nous le permettre » : le Premier ministre malaisien dénonce des contrats chinois

De retour de visite en Chine, le Premier ministre malaisien, Mahathir Mohamad, a annoncé qu’il avait pris la décision d’annuler un certain nombre de contrats portant sur trois projets d’infrastructure, conclus avec des entreprises chinoises. Il justifie cette décision par l’incapacité actuelle de son pays à les payer.

Cette décision fait suite à une visite de 5 jours à Pékin, au cours de laquelle le Premier ministre malaisien a rencontré le président chinois Xi Jinping et le Premier ministre chinois Li Keqiang.

« Nous ne pouvons pas nous le permettre »

Mahathir avait fait le déplacement entre autres dans l’espoir de renégocier ces contrats. Mais il semble qu’il ait échoué. Il a donc choisi de les annuler, quitte à payer de substantielles pénalités. « Il s’agissait encore de verser trop d’argent, ce que nous ne pouvons pas nous permettre, parce que nous ne pourrions pas le rembourser, et aussi parce que nous n’avons pas besoin de ces projets pour la Malaisie pour le moment”, a-t-il expliqué mardi.

Les projets en question comprenaient la construction d’une ligne de chemin de fer de 608 km entre la côte Est et le Sud de la Thaïlande, passant par la capitale Kuala Lumpur, et la construction de 2 gazoducs sur l’île de Bornéo.

Selon le ministère malaisien des Finances, la dette souveraine de la Malaisie se monte actuellement à près de 217 milliards d’euros.

Des projets intégrés à la « Nouvelle Route de la Soie »

Ces projets faisaient partie de l’initiative chinoise “Belt and Road”, aussi surnommée “Nouvelle Route de la Soie”, visant à financer et construire des projets d’infrastructure à travers le monde. One Belt, One Road s’étendra dans une soixantaine de pays à travers l’Asie, l’Europe, l’Afrique et comprendra également des liens avec l’Amérique du Sud. L’initiative devrait permettre de relier directement 65 % de la population et un quart du PIB mondial avec la Chine, a calculé McKinsey.

Le projet de ligne ferroviaire avait été négocié en 2016 par l’ex-Premier ministre malaisien, Najib Razak, et le président chinois Xi Jinping. Le gouvernement de Najib avait signé ces contrats avec la Chine alors même qu’il se trouvait au cœur d’un scandale de corruption. Certains de ses membres ont été accusés d’avoir détourné des milliards d’euros du fond souverain malaisien 1MDB.

Mahathir, qui est âgé de 93 ans, occupe le pouvoir de cette nation de 31 millions de personnes pour la seconde fois. En effet, il avait déjà dirigé le pays entre 1981 et 2003, période au cours de laquelle il avait mené tout un train de réformes qui lui ont valu le surnom de « père de la modernisation ».

Les investissements colossaux réalisés par les Chinois en Malaisie inquiètent les milieux d’affaires

La Malaisie a souvent fait appel à la Chine pour ses investissements étrangers. Les sociétés de construction étatiques chinoises, telles que China Communications Construction Company (CCCC), qui avait remporté le contrat de construction de la ligne ferroviaire, bâtissent actuellement des gratte-ciel dans le quartier d’affaires de la capitale, Kuala Lumpur.

Selon la Banque mondiale, les entreprises d’État chinoises auraient investi 35,6 milliards de dollars en Malaisie entre 2010 et 2016, une somme qui suscite l’inquiétude dans les milieux d’affaires locaux. “Ce qui est particulier avec les investissements chinois, c’est qu’ils contrôlent et possèdent la totalité de la chaîne de valeur”, explique Michael Kang Hua Keong, président de l’association des PME malaisiennes. Il reproche en particulier aux entreprises chinoises de faire venir leurs propres équipes et de ne pas créer d’emplois en Malaisie.

Lorsqu’il était encore dans l’opposition, Mahathir avait lui aussi contesté le recours aux investisseurs chinois. “Le gouvernement de Najib Razak cède du terrain aux étrangers qui construisent des maisons luxueuses et que les gens d’ici ne peuvent pas s’offrir”, avait-il déclaré une fois lors d’une audition au parlement.

Le refus « d’une nouvelle version du colonialisme »

Pendant la conférence de presse qu’il a donnée à Pékin, il a dénoncé une “nouvelle version du colonialisme”, au détriment des pays pauvres, incapables de lutter à armes égales avec les pays riches sur le plan commercial.

Plus tard, la chaîne de télévision publique chinoise CCTV a affirmé que Mahathir avait également dit à Xi que la Chine “n’avait jamais colonisé la Malaisie au cours de l’histoire” et que le développement de la Chine “n’était pas une menace” pour son pays. Selon le média, la Malaisie veut intensifier les relations commerciales avec la Chine et demeurer un partenaire de choix dans le cadre de son initiative “Nouvelle route de la soie”.

Mais les banquiers chinois ne se sont pas montrés aussi optimistes. Sous couvert d’anonymat, le responsable d’une banque d’État chinois a indiqué au site allemand DW que le gel des contrats d’infrastructure chinois en Malaisie était un gros revers pour l’initiative Belt and Road et qu’il signifiait que les investisseurs chinois allaient réaliser de grosses pertes financières.

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