Politique

« Ne dites pas de petits mensonges, dites des mensonges énormes » : la formule du succès selon Trump et Poutine

Cette semaine, le président américain Donald Trump a twitté qu’il redoutait que la Russie n’interfère dans les élections américaines de mi-mandat … pour aider les démocrates. Une déclaration qui semble absurde au plus haut point, si l’on songe aux résultats de l’enquête des services secrets américains pointant vers une ingérence russe en faveur de Trump. Mais contrairement aux apparences, un tel message reflète la mise en oeuvre d’une propagande très efficace du président américain.

C’est en tout cas la conviction du lieutenant-colonel retraité Ralph Peters, un ancien analyste de Fox News, qui voit en Trump un expert de la propagande, à l’instar de son homologue russe Vladimir Poutine. Peters a expliqué sont point de vue lors d’une interview donnée au présentateur de MSNBC Ari Melber.

Cette semaine, Trump a en effet adressé le tweet suivant :

“Je suis très inquiet à l’idée que la Russie ne se ménagera pas pour avoir un impact sur les prochaines élections. Compte tenu du fait qu’aucun président n’a jamais été aussi aussi dur que moi vis à vis de la Russie, ils vont tenter de promouvoir très énergiquement les Démocrates. Ils ne veulent définitivement pas de Trump !”.

Un tel message pourrait sembler insensé, voire incohérent, compte tenu des résultats de l’enquête des services secrets américains pointant vers une ingérence russe en faveur de Trump, et de l’attitude conciliante que Trump avait manifestée jusqu’ici à l’égard du président russe Vladimir Poutine.

Mais selon Peters, il est emblématique d’une tactique bien calculée que le président Trump emploie à dessein :

Trump est un génie de la propagande

“L’une des erreurs que les services d’intelligence et les médias commettent régulièrement à propos de Trump, c’est de le sous-estimer, en le taxant de fou. Eh bien, il est peut-être fou, mais c’est aussi un génie de la propagande. Et même si nous nous moquons de cette déclaration selon laquelle Poutine pourrait aider les démocrates, elle convainc sa base. Et Trump est passé maître dans l’art du grand mensonge classique. Ne dites pas de petits mensonges, vous vous ferez prendre. Dites de gros mensonges, des mensonges énormes, et répétez-les encore et encore et renforcez-les avec ces slogans vraiment simples dont nous nous moquons aussi. “Fausses nouvelles”, “Etat profond”, “les médias sont l’ennemi du peuple”. Et cela fonctionne parce qu’il les répète encore et encore et encore et encore, jusqu’à ce que ses sympathisants réagissent automatiquement. Vous dites ‘enquête Mueller’ à un partisan de Trump, et il ou elle dira immédiatement ‘Deep State’. C’est une forme de lavage de cerveau. Et franchement, Ari, nous lui rendons même service en en parlant ce soir.”

Il faut cesser de nous illusionner avec le mensonge selon lequel la vérité l’emportera toujours à la fin

Quand Ari Melber lui demande comment faire pour déjouer ces mensonges qui ont tendance à polariser le peuple américain, Peters souligne qu’il cela est très difficile : “Une chose que nous devons faire, et je déteste avoir à le dire, c’est de cesser de nous illusionner avec le mensonge selon lequel la vérité l’emportera toujours à la fin. Quand vous avez affaire avec des maîtres de la propagande, comme Trump ou comme Poutine, la vérité est une grande bataille, et vous devez vous battre en permanence.”

Ce sont les non-initiés comme Trump et Poutine qui écrivent l’histoire, et non les diplômés de Harvard

Pour Peters, outre l’art de manier la propagande, Trump partage un autre point commun avec Poutine : les deux hommes sont constamment sous-estimés : “Les agences européennes et américaines sous-estiment constamment Poutine, parce qu’il n’a pas fréquenté les bonnes écoles “prépa”, il n’est pas allé dans les bonnes universités, il a des manières épouvantables, et elles le rejettent. Mais une fois de plus, à propos de Trump et de Poutine, ce que nous ne réalisons pas, c’est que les élites bien éduquées ne changent pas le monde. Ce sont les ‘outsiders’ [les "non-initiés”] qui font l’histoire, pour le meilleur et pour le pire. Poutine a été écarté comme n’étant qu’un simple agent du KGB et des services de renseignement russes, Hitler était un caporal ; Jésus était un charpentier, Mahomet, un commerçant illettré, et Napoléon était général. Ce que je veux dire, c’est que lorsque vous consultez l’histoire, vous constatez que les gens qui ont introduit de force des changements, pour le meilleur ou pour le pire, dans le cas de Trump, nettement pour le pire, comme c’est le cas pour Poutine également, ce sont des non-initiés que l’on avait sous-estimé, et avant que vous en preniez conscience, ils entrent au Reichstag, ou à la Maison Blanche, ou au Kremlin.”

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