Politique

Bien sûr, la N-VA travaille sur un rapprochement avec les socialistes : comment créer autrement une coalition bourguignonne ?

La note d’information de Bart De Wever (N-VA) contient des avantages pour les socialistes (flamands): réduction de la TVA sur l’électricité à 6% et beaucoup plus d’investissement dans le secteur de la santé. Cela n’est pas surprenant en soi, la N-VA se tourne vers les socialistes. Le fait qu’il y ait des fuites est une mauvaise nouvelle pour l’informateur flamand.

Pourquoi les négociations flamandes sont-elles encore à nouveau au point mort ? Parce que c’est possible.

En effet, la N-VA et Bart De Wever ont toutes les clés en main : « grâce » au cordon sanitaire, aucun gouverneur flamand ne peut être formé sans l’informateur flamand et son parti.

Et la N-VA n’a toujours pas fait de choix pour savoir qui veut rejoindre le gouvernement flamand. Cependant, ils préfèrent avoir (plus ou moins) les mêmes partis au sein des gouvernements flamand et fédéral. L’envie des nationalistes flamands d’être à nouveau présents au niveau fédéral, de désigner des ministres et de doter les cabinets en personnel est étonnamment grand : c’est ce que confirmnt les acteurs internes et externes de la rue de la Loi.

Au niveau fédéral, il y a un scénario fédéral sur la table qui est « le plus idéal » pour la N-VA et Open Vld : une  coalition bourguignonne. Cela implique que la famille socialiste (29 sièges), les libéraux (26 sièges) et la N-VA (25 sièges) se réunissent pour trouver une majorité confortable à la Chambre.

Un tel gouvernement a également immédiatement une majorité en Flandre : avec le Sp.a (13 sièges), en faisant appel à Open Vld (16 sièges) et la N-VA (35 sièges) il peut s’emparer de 64 sièges sur 124. Il est donc jouable pour la N-VA de s’associer avec le sp.a à tous les niveaux.

Pourquoi cela peut fonctionner pour la N-VA, l’Open Vld et le sp.a.

Jan Jambon (N-VA)
Jan Jambon: bientôt Premier ministre dans une coalition bourguignonne ?

Pour la N-VA, cette formule offre quelques avantages évidents. Tout d’abord, c’est la meilleure façon de faire un geste fédéral, de livrer des ministres et de prendre quelques mesures communautaires avec le PS. Comme  à Anvers, cela peut être le moment d’une « grande réconciliation », tout en « prenant le pays en main ». De plus, cela permettrait d’écarter le CD & V à tous les niveaux, l’ultime humiliation pour un parti qui historiquement a toujours été le parti au pouvoir. Les cinq années difficiles sous le gouvernement Michel, avec des frictions constantes entre la N-VA et le CD & V, ne sont de toute façon pas encore digérées.

Pour les libéraux flamands, c’est de loin le meilleur scénario possible. Parce que dans cette constellation, ils ne sont pas le parti le plus à droite. C’est alors la N-VA. En effet, l’alternative est une coalition arc-en-ciel, dans laquelle le MR et Open Vld ne se sentiraient certainement pas à l’aise. De plus, le poids spécifique de l’Open Vld dans une telle coalition bourguignonne est plus lourd : en Flandre, ils seraient le numéro deux, derrière la N-VA. Et enfin, il y a aussi une sorte de besoin pressant à la direction d’Open Vld de se débarrasser du CD & V.

John Crombez (sp.a)
Sp.a président John Crombez.

Enfin, au sp.a, les avis sont très partagés. Pour beaucoup, une coalition avec Bart De Wever (N-VA) & co. irait trop loin. Après cinq ans d’opposition farouche à une « politique de droite brutale », seraient-ils prêts à monter à bord d’un navire de la N-VA ? Dans le même temps, beaucoup au sommet parviennent à l’analyse que les « cinq années d’opposition » n’ont littéralement rien donné pour le parti. De même, le syndicat et la mutualité estiment qu’il vaut mieux « être là » que d’être exclu. De plus : si cela peut fonctionner et que cela fonctionne à Anvers, pourquoi pas dans le reste du pays ?

Le plan va-t-il saisir le PS?

En tout cas, c’est le plan sur lequel travaille l’informateur Johan Vande Lanotte (sp.a), à l’horreur de certains de ses collègues du parti, qui regardent avec tristesse comment l’ancien ministre d’Ostende arrange les choses, dans le dos de la majeure partie de son parti.

Mais bien sûr, la clé de ce plan fédéral ne repose pas sur Vande Lanotte ou son co-informateur Didier Reynders (MR). La clé se trouve au Bld de l’Empereur, où le PS a son siège. Tout d’abord, il y a eu une tentative pour impliquer le PTB dans les discussions en Wallonie. Cela a échoué après plusieurs moments humiliants pour le PS. Après cela, Ecolo a été courtisé ouvertement et  publiquement. A deux reprises, le PS a montré qu’il voulait vraiment aller à gauche.

Nous sommes maintenant dans la phase où le MR est à nouveau acceptable. C’est difficile : relations entre les socialistes francophones et les libéraux ont été complètement perturbées. En effet, en 2014, ils ont été commis une « haute trahison » à l’égard de la plupart des militants du PS en unissant leurs forces à celles de la N-VA. Maintenant, le MR redevient progressivement acceptable pour le PS.

La dernière étape, si jamais cela se produit, sera que la N-VA devienne également acceptable. Mais cette dernière continue de tenter de prédire l’avenir. Il faut préciser que le PS lui-même n’est pas favorable à une coalition arc-en-ciel, et qu’il préfère travailler avec la N-VA. Quoiqu’il en soit, les chances pour cela restent minimes : idéologiquement, Bart De Wever et Elio Di Rupo se tiennent et demeurent très éloignés l’un de l’autre. Et ce n’est pas un extrait du texte formateur du gouvernement flamand concernant la TVA sur l’électricité qui pourra immédiatement y changer quelque chose.

La fuite est le plus gros problème

Seulement, le fait qu’il y ait une fuite devrait inquiéter le N-VA. Cela signifie que la patience de certaines personnes s’épuise progressivement. Quoi qu’il en soit, De Wever était très paranoïaque au sujet de la note d’information : les présidents ont été autorisés à lire la note, mais n’en ont pas reçu une copie physique qu’ils pouvaient emporter avec eux. Le fait que des passages aient maintenant fuité peut être lié au fait que certaines personnes ne voient guère d’un bon oeil un rapprochement entre la N-VA et le sp.a.

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