Les employeurs allemands commencent aussi à douter des réfugiés

Au cours du weekend dernier, les électeurs de trois États allemands ont témoigné de leurs doutes sur la politique d’asile d’Angela Merkel. Ils ne sont pas les seuls. Le monde des affaires allemand, qui était jusqu’à il y a six mois, l’un des plus forts partisans de la politique d’accueil de la chancelière, se laisse gagner par le pessimisme et le doute. Sur le papier, l’Allemagne semble être une destination de rêve pour les 1,1 million d’immigrants – principalement des jeunes – arrivés dans le pays en 2015. La main d’oeuvre allemande est vieillissante: plus d’un tiers des Allemands âgés de plus de 15 est sont en fait âgés de plus de 65 ans. En outre, l’Allemagne a un faible taux de chômage et de nombreux postes vacants dans tous les secteurs économiques.Mais dans la pratique, les choses ne se présentent pas aussi bien: les entreprises veulent embaucher de nouveaux arrivants, mais elles éprouvent des difficultés à trouver des personnes possédant les qualifications appropriées. La plupart des migrants ne parlent pas l’allemand, ou le parlent trop mal, et comme la plupart ne disposent d’un permis de séjour d’une durée de trois ans, les entreprises ne sont pas incitées à les former et à investir sur eux. En outre, l’adoption d’un salaire minimum en Allemagne a fait baisser le coût des travailleurs peu qualifiés.De nombreuses entreprises ont lancé des programmes spéciaux pour aider les réfugiés à trouver du travail, dont Bayer, DZ Bank, Henkel et Volkswagen, pour ne citer que quelques-unes. Mais la plupart ne sont que des stages destinés à leur enseigner les compétences de base. Les véritables emplois sont rares. Deutsche Telekom a créé 100 postes de stagiaires depuis septembre. Elle a reçu 350 candidatures, mais n’en a accepté que 35. La plupart des migrants n’ont pas de CV; d’autres ne sont pas disposés à déménager dans une autre ville. Bayer et Daimler déplorent les mêmes difficultés. La seconde a créé 40 stages pour des migrants en mars. Mais seulement deux d’entre eux poursuivront leur formation avec l’entreprise. Les autres étaient trop vieux ou ne souhaitaient pas faire carrière chez Daimler.Plus d’un million d’emplois ne sont pas pourvus en Allemagne, mais 5 sur 6 nécessitent une expertise spécifique. Or, seulement un tiers des demandeurs d’asile disposent d’une formation professionnelle, selon les chiffres de l’Institut allemand de recherche sur l’emploi. La langue est un obstacle important, qui conduit souvent à des abandons de formations en apprentissage. “Le problème avec l’Allemagne, c’est qu’il faut toujours un diplôme”, soupire le Syrien Saria Habbab (28 ans) dans le Wall Street Journal. Depuis son arrivée en 2014, il n’a toujours pas trouvé de travail, mais dit qu’il a “facilement adressé 100 candidatures” sur ces derniers mois. La grande majorité est restée sans réponse. Avant son arrivée en Allemagne, il avait travaillé comme spécialiste vidéo, audio, traducteur, agent de nettoyage et serveur en Syrie, en Turquie et aux Émirats arabes unis. Mais il n’a pas de diplôme et ne parle pas allemand.Les employeurs allemands, réunis dans l’association des employeurs BDA, s’étaient déjà retournés contre la chancelière Angela Merkel en novembre dernier. On leur avait promis que les réfugiés combleraient les pénuries de main d’oeuvre du marché du travail allemand auxquelles ils sont de plus en plus confrontés en raison de la population vieillissante. Mais après l’introduction du salaire minimum et l’augmentation des coûts de retraite, qui avaient déjà suscité du ressentiment plus tôt dans l’année 2015, ils ont déchanté.“Nous croyions avoir affaire à des médecins et des ingénieurs syriens. On réalise aujourd’hui que ces réfugiés qualifiés forment une minorité”, a déclaré une responsable de la fédération des employeurs allemands (BDA). La majorité des réfugiés sont âgés de moins de 25 ans, et il faudra compter cinq ans avant qu’ils n’intègrent au marché du travail.

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