Economie

A Davos, le ministre français des Finances veut « réinventer le capitalisme »

Cette année, la France préside le G-7, et Bruno Le Maire veut en profiter pour exhorter à la création d'un impôt minimal pour les entreprises

Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, qui arrivera demain à Davos, a déjà annoncé son ambition : reconstruire le capitalisme. La France préside cette année le Groupe des Sept (G7), et le ministre français, qui pense que “le capitalisme doit se réinventer ou il ne survivra pas à la montée des inégalités à travers la planète”, veut placer la lutte contre les inégalités dans les pays développés au centre des débats.

« Entendre le signal d’alerte de tous ceux qui disent qu’ils ne profitent pas de la mondialisation »

Lors d’une conférence donnée mardi à Paris, le ministre a déjà abordé ces thématiques : “Nous ne pouvons pas payer toujours plus de croissance par toujours plus d’inégalités. Nous sommes au bout de ce raisonnement. (…) Nous devons entendre le signal d’alerte de tous ceux qui disent qu’ils ne profitent pas de la mondialisation« , a dit le ministre, évoquant sans doute les manifestations des Gilets jaunes qui se poursuivent en France.

“Si nous ne sommes pas sur nos gardes, nous irons vers un désastre total parce qu’un capitalisme qui crée toujours plus d’inégalités, de conflits et de rivalités ne nous mènera absolument nulle part « , a dit Le Maire.

D’après lui, l’Europe a un rôle déterminant à jouer pour “réinventer le capitalisme et proposer une nouvelle voie pour la mondialisation car (..) c’est conforme à nos valeurs les plus profondes ».

Une taxation minimum pour les entreprises des pays du G-7

A Davos, il devrait expliquer aux patrons présents que leurs entreprises sont trop grosses, trop puissantes, et qu’elles paient trop peu d’impôts.

Dans ce contexte, la France veut créer une taxation minimum pour les entreprises  au sein des nations membres du G-7, afin d’empêcher les grandes entreprises de transférer tous leurs bénéfices dans des paradis fiscaux, ou des juridictions leur offrant une faible taxation.

Un projet de taxe de 3 % sur le montant du chiffre d’affaires total que les multinationales de l’internet avec des revenus globaux supérieurs à 750 millions d’euros réalisent effectivement dans les pays membres où elles opèrent avait avait été envisagé au niveau européen. Une telle mesure aurait ciblé les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), mais aussi d’autres géants du numérique, tels qu’Airbnb et Uber. Mais les différents Etats-membres se sont avérés incapables de s’entendre sur ce sujet. Il n’en a finalement résulté qu’une taxe très édulcorée, ne s’appliquant que sur les ventes de publicités en ligne, et dont des géants tels qu’Amazon et Apple pourraient être exemptés. Au final, selon la nouvelle proposition, seules Facebook et Google auraient à payer une taxe sur leurs ventes de publicités.

La France veut instituer sa propre taxe sur les GAFA

Agacée de ce demi-échec, la France envisage maintenant de mettre en place sa propre taxation pour les GAFA, en ciblant les entreprises du secteur du numérique dont le chiffre d’affaires est supérieur à 750 millions d’euros au niveau mondial, et de plus de 25 millions d’euros en France, a expliqué Le Maire au cours d’une interview donnée au Journal du Dimanche le weekend dernier. Il prévoit d’émettre un projet de loi d’ici la fin du mois de février, pour que cette taxe puisse être avalisée dans la foulée par le Parlement et mise en oeuvre dès cette année. Selon lui, elle pourrait rapporter près de 500 millions d’euros au fisc français.

Et le ministre veut aller bien plus loin au niveau mondial dans la lutte contre l’évasion fiscale, et exhorte à la création d’un “impôt minimal”. Celui-ci viserait les entreprises qui transfèrent leurs bénéfices réalisés en France dans des pays à la fiscalité plus clémente pour échapper au fisc français.

La lutte contre la « vassalisation des pays » et la domination des entreprises à très forte capitalisation

Le ministre français souhaite également attirer l’attention sur la multiplication des prêts chinois accordés à de nombreux pays en développement, notamment en Afrique. A cet égard, il souhaite que le G-7 définisse des règles d’investissement communes pour “éviter la vassalisation” de ces pays.

Alors que certains GAFA se sont récemment approchés du seuil des 1000 milliards de dollars de valorisation boursière, Le Maire veut aussi mettre la capitalisation excessive de certaines grandes entreprises à l’ordre du jour. Le ministre les accuse de détenir une puissance financière semblable à celles de très grands pays. Il souligne que ces entreprises “ne sont que les dépositaires de la volonté de leurs actionnaires”, alors que les dirigeants de pays sont « les dépositaires de la volonté générale”. Selon lui, cette situation créée de plus en plus de problèmes économiques et politiques pour l’ordre mondial, et il a indiqué que le G-7 devrait aborder cette question, sans donner plus de détails.

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