Politique

« Menteur », « traitre » : Les sympathisants de Trump éructent leur haine des médias

Mardi, Jim Acosta, un journaliste de CNN régulièrement accusé de diffuser des “fake news” par le président américain Donald Trump, et d’autres membres des médias se sont fait huer et insulter par des partisans de Trump lors d’un meeting de Trump en Floride. Les médias américains s’inquiètent du climat de plus en plus hostile à leur égard.

Les vidéos de l’événement montrent la foule scandant “CNN sucks !” (‘CNN c’est nul !’), et adressant parfois des doigts d’honneur en direction des journalistes qui couvraient l’événement en direct.

« La presse n’est pas l’ennemi »

Plus tard, Acosta a décrit la scène dans un tweet : “Un échantillon de la triste scène à laquelle nous avons été confrontés au meeting de Trump à Tampa. Je suis très inquiet à l’idée que l’hostilité encouragée par Trump et certaines personnes des médias conservateurs n’aboutisse à blesser quelqu’un. Nous ne devrions pas traiter nos compatriotes américains de cette manière. La presse n’est pas l’ennemi”.

Le fils de Trump, Eric Trump, a tweeté la vidéo de la foule scandant “CNN c’est nul », avec le hashtag #Truth, tout en ciblant directement Acosta. Trump lui-même a retweeté le message de son fils. 

Les médias ont fustigé l’attitude de Trump et le rôle qu’il a joué en favorisant cette hostilité. Le Washington estime que c’est  Trump lui-même qui a cultivé cette haine des médias, et qu’il l’utilise encore régulièrement (pendant le meeting de Tampa, le président américain a pointé la tribune de la presse en accusant les journalistes de diffuser de fausses informations) :

“Nous ne savons pas si [cette hostilité pourrait aboutir à ce que quelqu’un soit blessé, comme le suggérait Acosta], mais il est impossible de regarder ces vidéos sans conclure que c’est une possibilité sérieuse. Le président commande un mégaphone énorme. Au lieu de conclure qu’il faudrait éviter un tel résultat, et reconnaître une responsabilité en tant que porteur de ce mégaphone pour utiliser son influence pour le faire, il nourrit activement la colère, avec des attaques non-stop contre la presse pour le simple motif qu’elle  demande des comptes à son administration, et maintenant, en attirant l’attention sur l’une des manifestations les plus flagrantes de cette colère jusqu’à présent”, écrit le Washington Post.

La stratégie de la paranoïa

Plusieurs politologues y voient une véritable stratégie de la part du président américain. En janvier 2017, Roberto Saviano du journal La Repubblica, avait expliqué comment Trump exploitait la haine des citoyens :

« Trump a compris un point essentiel en ce qui concerne la télévision et les médias sociaux. Le gagnant est celui qui parvient à charmer le camp de la «haine», les «losers», les laissés pour compte qui rendent les autres responsables de leur exclusion. (…) C’est la nouvelle méthode de Trump et elle est terrifiante. Elle a consiste à faire d’un citoyen un « haineux », et de ce « haineux » un électeur ».

Cette stratégie avait été déployée dès sa campagne : Trump a continuellement insulté et rabaissé ses adversaires en les affublant de sobriquets ridicules afin d’influencer la perception des électeurs. Il ne se passe plus un jour sans que le président attaque au moins une institution ou une personnalité (les médias, le FBI, la CIA, Robert Mueller, l’équipe de Mueller, les Démocrates …) en employant des termes exagérés et des slogans pour faire valoir son point de vue. 

La journaliste Lesley Stahl, connue pour sa collaboration à l’émission d’actualité “60 Minutes” a relaté la conversation qu’elle avait eue avec Trump peu de temps après son élection. Avant le début de l’interview, il avait recommencé à attaquer la presse. Lorsqu’elle lui avait dit que c’était fatigant et qu’il devait arrêter parce qu’il avait gagné et qu’il était temps de tourner la page, Trump avait répondu : « Savez-vous pourquoi je fais cela ? Je le fais pour vous discréditer et vous rabaisser tous autant que vous êtes, afin que personne ne puisse vous croire si vous écrivez du mal sur moi. »

Un lavage de cerveau avec des slogans

Plus récemment, le lieutenant-colonel retraité Ralph Peters, un ancien analyste de Fox News, a expliqué pourquoi il voit en Trump un expert de la propagande, à l’instar de son homologue russe Vladimir Poutine :

« Trump est passé maître dans l’art du grand mensonge classique. Ne dites pas de petits mensonges, vous vous ferez prendre. Dites de gros mensonges, des mensonges énormes, et répétez-les encore et encore et renforcez-les avec ces slogans vraiment simples dont nous nous moquons aussi. “Fausses nouvelles”, “Etat profond”, “les médias sont l’ennemi du peuple”. Et cela fonctionne parce qu’il les répète encore et encore et encore et encore, jusqu’à ce que ses sympathisants réagissent automatiquement. Vous dites ‘enquête Mueller’ à un partisan de Trump, et il ou elle dira immédiatement ‘Deep State’. C’est une forme de lavage de cerveau. Et franchement, Ari, nous lui rendons même service en en parlant ce soir.”

Des effets visibles dans les sondages

Pour plus de la moitié des électeurs républicains, désormais, la presse est “l’ennemi du peuple”. Un sondage réalisé auprès de 1 193 électeurs au mois d’avril avait révélé que 51 % des électeurs républicains considéraient les médias comme “l’ennemi du peuple”, contre 22 % pour l’ensemble de l’électorat. De même, ils n’étaient que 37 % à y voir “une part importante de la démocratie”, alors que dans l’électorat américain entier, cette proportion grimpe aux deux tiers. Globalement, 53 % des électeurs font davantage confiance aux médias qu’ils ne font confiance au président Donald Trump.

Les élections de mi-mandat, prévues pour novembre, approchent, et Trump prévoit de mener une campagne très active pour soutenir les candidats républicains. Il faut donc s’attendre à ce que ces violences verbales à l’égard de la presse s’intensifient, estime le site Axios

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