Management en situation extrême : pourquoi Amundsen a gagné la course vers le Pole Sud, et Scott l’a perdue

Il y a tout juste 100 ans, le Norvégien Roald Amundsen et son équipe ont été les premiers à parvenir au Pole Sud, et lorsque le Britannique Robert Falcon Scott est arrivé 34 jours plus tard, il a compris sa défaite en voyant le drapeau norvégien flottant au vent. Au retour, Scott et son équipage sont morts dans leur tente, grelottant de froid, affamés, et épuisés. Ils ne se trouvaient qu’à 20 km du dépôt de vivres le plus proche.

Morten T. Hansen, professeur à l’INSEAD et à l’Université de Californie, Berkeley, trouve des similitudes entre les personnalités d’Amundsen et celles de certains dirigeants, dont Bill Gates (le co-fondateur de Microsoft), Andy Grove (le CEO d’Intel) et Herb Kelleher (ex-CEO de Southwest Airlines), alors que celles d’autres dirigeants seraient plutôt proches de celle de Scott :

Choisissez l’unité avant la compétence

Amundsen avait pris un soin extrême au choix de son équipage, ne retenant que les plus compétents, dont un champion de ski et un conducteur d’attelage de chiens de traîneau de classe mondiale. Les grands capitaines d’industrie comprennent aussi que la composition des équipes est importante, ainsi que Bill Gates en a témoigné en affirmant en 1992 « Retirez les 20 meilleurs employés et je vous parie que Microsoft deviendrait une compagnie sans importance ».

En outre, Amundsen s’est aussi battu pour maintenir la cohésion dans l’équipe, et mettre la logique du groupe au dessus de l’individuel. Pour la défense de cet idéal, il n’a pas hésité à se débarrasser de son meilleur membre, Johansen, parce qu’il avait eu une dispute avec lui devant les autres. De même, Bill Gates était prompt à se défaire des employés qui ne s’intégraient pas bien, même lorsqu’il s’agissait de présidents, comme James Towne et Michael Hallman ont pu le découvrir à leurs frais.

Un brin de paranoïa

Alors que Scott faisait confiance à sa bonne étoile, Amundsen avait préparé son expédition pour le pire, prévoyant des quantités supplémentaires et des marges de sécurité. Il avait par exemple disséminé 20 panneaux noirs autour de l’un de ses dépôts de vivres les plus importants, pour être certain de ne pas le manquer lors de son retour. Scott n’avait identifié son dépôt qu’avec un seul panneau…

Beaucoup des meilleurs dirigeants ont eux aussi une légère tendance à la paranoïa productive, dressant des plans, préparant des plans d’action, et conservant des liquidités pour faire face aux pires scenarii.

Adopter la formation continue

Amundsen a passé toute son existence à se documenter et à apprendre des choses en rapport avec l’exploration polaire. Durant l’un de ses voyages, il avait goûté de la viande de dauphin crue, pour savoir s’il serait capable d’en manger en cas de naufrage. Il a vécu avec les Eskimos et appris à conduire les luges à chiens dans les pires conditions. C’est de Scott lui-même qu’il tenait l’importance du marquage efficace du dépôt, puisque Scott avait rapporté qu’il avait failli mourir lors de son expédition avec Shackleton, faute d’avoir pu trouver le dépôt sur leur retour ; et pourtant, Scott refit la même erreur.

Ainsi, alors qu’Amundsen était avide d’apprendre et de se perfectionner, Scott se contentait de ce qu’il savait. Les grands leaders d’entreprise expérimentent de nouvelles idées, utilisant les données et l’observation pour apprendre de nouvelles choses.

Savoir que les choses ne sont pas immuables

L’expédition d’Amundsen avait été programmée initialement pour le pole Nord. Mais il avait appris que Cook and Peary avaient découvert le Pole Nord. Il décida donc de se lancer vers le sud, et il n’avertit son équipage qu’au moment de l’embarquement.

Les grands dirigeants savent faire la même chose : ils évaluent la situation sur le marché, puis ils examinent leur entreprise pour déterminer quelles sont les opportunités qu’elle peut saisir, étant donné le contexte. Ainsi, en 1980, les responsables d’IBM avaient rendu visite à Digital Research, pour utiliser son système d’exploitation pour le nouveau « PC ». Mais ils n’ont pas réussi à s’entendre, et IBM s’est alors tourné vers Microsoft, qui n’était pourtant pas impliqué dans ce domaine. Bill Gates examina l’opportunité, et décida de créer un système d’exploitation : Windows était né…

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