La victoire écrasante de Macron : combien de temps faudra-t-il pour que le héros se change en zéro ?

Emmanuel Macron a fait une carrière remarquable en moins d’un an. Il a réussi  à convaincre alors qu’il était tout nouveau en politique pour gagner la présidence, il a démantelé le modèle politique traditionnel de la gauche et de la droite, et il a obtenu une large majorité au parlement avec un mouvement qui n’existait pas il y a un an. Mais les efforts qu’il a réalisés ne ressembleront bientôt qu’à un jeu d’enfant, comparés  à la complexité de la tâche qui l’attend. La France est l’un des rares pays de l’UE qui n’a jamais réussi à réduire le chômage de manière significative après la crise financière. Seuls 7 pays de l’UE-28 font pire. Le chômage est deux fois plus élevé en France qu’en Allemagne ou en Grande-Bretagne. La promesse de Hollande pour revitaliser l’économie n’a abouti à rien au terme des 5 ans de son mandat. Chaque initiative a immédiatement déclenché de grandes manifestations dans les rues.La France vit depuis trop longtemps à crédit. Les dépenses étatiques représentent 57 % du PIB. Le chômage – environ 10% – est deux fois plus élevé qu’en Allemagne et il frappe douloureusement les jeunes. Pour rendre le déficit public gérable, il faudrait supprimer 500 000 emplois de fonctionnaires, soit 9 % du total, et réaliser 100 milliards d’euros d’économies en cinq ans.

Chirac, Sarkozy, Hollande … ils étaient tous au courant de l’intransigeance des syndicats français

Ces réformes sont impossibles si la France ne se débarrasse pas des 35 heures, ne recule pas l’âge de départ en retraite (62 ans), et ne stoppe pas des centaines de programmes de sécurité sociale chers à la population.  Ensuite, il faudra aussi se confronter aux syndicats, qui veulent éviter tout changement et paralysent le pays dès la moindre tentative de réforme.Les employeurs le savent et ne recrutent donc plus. 80 % des nouveaux contrats sont des contrats temporaires, parce que tout contrat permanent leur met la corde au cou. Dans ces conditions, il n’est pas si étonnant que 25 % des jeunes soient au chômage et que, dans ce groupe d’âge, plus d’électeurs ont voté pour le trotskyste Mélenchon et la populiste Le Pen que pour le nouveau président.Ce dernier promet maintenant de changer tout cela. Comme d’autres avant lui l’avait tenté. Chirac et Sarkozy ont fait des tentatives louables, mais ont échoué. Même les quelques plans ambitieux de François Hollande en 2014 ont été accueillis par des grèves et des émeutes. Un plan de réforme annoncé en fanfare a été retiré d’une manière embarrassante.La leçon qu’un Macron soudainement excessivement populaire peut apprendre, est que l’on peut s’attendre à ce que sa majorité parlementaire ne lui accorde pas une liberté totale. Ses pires ennemis ne sont pas dans l’opposition (aujourd’hui fortement affaiblie), mais dans les syndicats. Ces derniers  se préparent déjà à prendre des mesures. Si Macron veut réussir là où ses prédécesseurs ont échoué, il n’aura pas d’autre choix que de se battre avec les syndicats.

De zéro à héros, et vice versa

Sinon, le sort qui l’attend est celui que le chroniqueur du Volkskrant Peter De Waard a décrit la semaine dernière :« Le chemin de zéro à héros n’a jamais été aussi court. Corbyn a été honni, mais maintenant, on l’embrasse. Macron, parti de rien, est devenu le nouveau Napoléon. Et à l’inverse, un héros peut se changer en zéro, comme May l’a expérimenté en deux mois ».Le nouveau président devra donc avoir des nerfs d’acier pour résister aux inévitables grèves et autres barrages routiers.

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