Politique

L’homme qui a renversé Hitler

"Pendant quelques secondes, j’ai eu le destin de l’Europe entre mes mains"

John Osmael Scott-Ellis, le neuvième baron Howard de Walden, mort en  1999 à l’âge de 86 ans, était le dernier éleveur-propriétaire britannique de chevaux de course. En 1930, alors qu’il venait de sortir du prestigieux collège britannique d’Eton, il s’était rendu au Kenya pour passer un peu de temps dans une des fermes de la famille. Puis ses parents avaient décidé qu’il devait apprendre une nouvelle langue, et en 1931, alors âgé de 18 ans, il avait été envoyé à Munich dans la famille Pappenheim.

En 1931, le Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei (NSDAP) était devenu le second parti politique en Allemagne. Le président du parti, Adolf Hitler, alors âgé de 43 ans, était devenu un auteur à succès, après avoir vendu 50.000 exemplaires de son ouvrage « Mein Kampf ». depuis peu, il avait débuté une relation avec une assistante photographe de 23 ans sa cadette, Eva Braun, qu’il avait rencontrée en 1929. Il était de plus en plus célèbre, et il ne se passait plus un jour sans que quelqu’un l’accoste dans la rue pour lui demander un autographe.

Un piéton dans la quarantaine, avec une petite moustache carrée

Cela faisait à peine une semaine que Scott-Ellis était arrivé à Munich lorsqu’il avait décidé de s’acheter une voiture. Il avait alors jeté son dévolu sur une petite Fiat rouge. Il venait tout juste d’en prendre possession, et il avait eu l’idée d’inviter Haupt Pappenheim, âgé de 60 ans, à faire un tour avec lui pour se faire guider dans Munich.

Au moment où Scott Elis avait tourné à droite dans la Ludwistrasse pour rejoindre la Briennerstrasse, il avait heurté un piéton qui n’avait pas regardé sur sa gauche avant de traverser. Le piéton, un homme dans la jeune quarantaine, avec une petite moustache carrée, avait été renversé, le genou à terre. John était inquiet, mais l’homme était parvenu à se remettre sur pieds tout seul. « Rapidement, il fut debout et il n’était pas blessé. J’ai ouvert la vitre et naturellement, comme je ne savais pas parler un mot d’allemand, j’ai laissé Haupt Pappenheim mener la conversation. J’étais plus anxieux de savoir si le policier qui guidait la circulation, avait vu l’incident », se remémorait Scott-Ellis.

Mais le policier n’avait rien vu et l’incident s’était clos ainsi. L’homme à la moustache avait épousseté ses vêtements, et il avait serré la main de Scott-Ellis et de Pappenheim, qui l’avaient tous les deux salué.

« Je suppose que vous ignorez qui il est ? », avait demandé Pappenheim à Scott-Ellis. « Eh bien, c’est un politicien qui dirige un parti et il parle beaucoup. Son nom est Adolf Hitler ».

« Pendant quelques secondes, j’ai eu le destin de l’Europe entre mes mains »

En 1934, soit 3 ans plus tard, Adolf Hitler, alors devenu chancelier allemand, avait assisté à un opéra au Residenztheater. Au moment de l’ouverture, Scott-Ellis, qui avait emmené sa fiancée allemande assister au même spectacle, l’avait reconnu. Il se trouvait dans la loge voisine de la sienne. Scott-Ellis s’était présenté auprès d’Hitler, en lui rappelant qu’il avait été l’automobiliste qui l’avait renversé dans la rue, 3 ans plus tôt. Le Führer s’en souvenait parfaitement. « Il a été charmant avec moi, notre conversation a duré un petit moment ». Puis l’orchestre avait commencé à jouer. Scott-Ellis ne devait jamais le revoir par la suite.

Mais au cours des années suivantes, il n’avait jamais manqué une occasion de rappeler cette anecdote. « Pendant quelques secondes, peut-être, j’ai eu le destin de l’Europe entre mes mains plutôt maladroites. Il était seulement ébranlé, mais si je l’avais tué, cela aurait changé le cours de l’histoire du monde », en disait-il.

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