Les Ukrainiens doivent accepter les réformes… et accepter de payer des impôts, s’ils veulent éviter la faillite de leur pays

L’Ukraine a désespérément besoin que le Fonds monétaire international (FMI) lui prête de l’argent, mais elle n’aura accès à ses prêts qu’après s’être engagée dans des réformes drastiques et impopulaires, et au passage, réglé son problème fiscal, affirme Leonid Bershidsky de Bloomberg.

Un rapport récent du Financial Times, qui n’a pas été réfuté par le gouvernement ukrainien, a montré que l’Ukraine avait besoin de 15 milliards de dollars pour éviter la faillite, en plus des 17 milliards de dollars que le pays a déjà reçus de l’Institution avant le déclenchement du conflit à l’Est du pays.

Le Premier ministre Arseni Iatseniouk a bien compris que les pays occidentaux n’accorderaient leur aide qu’à la condition que le gouvernement ukrainien ne s’engage dans un programme de réformes assorties de coupes budgétaires drastiques, et il a proposé un programme d’action, visible sur le site Web de celui-ci. L’examen de ce plan permet de comprendre les hésitations du gouvernement ukrainien à le mettre en œuvre : il aboutit en effet à réduire les dépenses de l’Etat, qui culminent actuellement à 52% du PIB, de 10 points de pourcentage.

Une document émanant du gouvernement, qui a fait l’objet d’une fuite, énumère des centaines de propositions de réductions de dépenses, ou d’augmentation des recettes de l’Etat, telles que la taxation des pensions les plus généreuses, une augmentation significative de l’âge de la retraite et la suppression des repas gratuits dans les écoles et les hôpitaux.

Ces projets sont si drastiques que même les observateurs les plus libéraux tels que Simon Black du blog Sovereign Man se demandent s’ils ne risquent pas de susciter le rejet du peuple ukrainien, et si celui-ci acceptera de payer plus d’impôts alors que le gouvernement veut rogner les dépenses sur les services les plus élémentaires tels que l’éducation, la santé et la sécurité.

Selon Bershidsky, le gouvernement a une réponse toute trouvée à cette question : les Ukrainiens ne payent pas d’impôts, de toute façon. Lors d’une réunion de cabinet, Iatseniouk a indiqué qu’à Kiev, près de 40% des employés du secteur privé ne percevaient officiellement que le salaire minimum de 64 dollars, ce qui leur permettait d’échapper à l’impôt sur le revenu… alors que souvent, ils perçoivent un complément de salaire non déclaré.

Iatseniouk propose donc de réduire les charges fiscales sur les salaires de 41% à 15% pour encourager les entreprises à cesser ces pratiques de versement de salaires au noir, ce qui devrait générer plus de recettes fiscales.

Bershidsky  déplore cependant que le programme de réformes du gouvernement soit trop lent. Les coupes budgétaires seront étalées sur deux années, alors que les analystes estiment qu’elles devraient être immédiates. Les réformes proposées par le FMI concernant l’éducation et la santé seront implémentées sur 3 ans. Le programme prévoit aussi une forte augmentation du budget de la défense et un programme coûteux pour renforcer la sécurité des frontières avec la Russie. Le nombre de cabinets ministériels devrait également être réduit, ce qui pourrait conduire à des conflits au sein de la coalition au pouvoir.

Le plan d’austérité devrait susciter une certaine hostilité au parlement ukrainien. Youri Lutsenko, le dirigeant du parti qui soutient le président Petro Porochenko, a qualifié ces mesures comme étant « plus que décevantes ». Mais le chroniqueur de Bloomberg pense que le pays n’a pas le choix s’il veut éviter un effondrement économique.

Show More

Express devient Business AM

Close
Close