Economie

Les Turcs doivent remettre leurs dollars

En décembre 2016, quandle président turc Recep Tayyip Erdogan a exhorté ses partisans à défendre leur monnaie, en vendantleurs dollars, leurs euros et leur or, des dizaines d’entre eux ontrépondu à l’appel. Avant les élections parlementaires qui aurontlieu plus ce mois-ci, Erdogan veut que les Turcs sauvent leur monnaieen remettant leurs dollars économisés et en les échangeant contrela livre turque.  

Erdogan veut que lamonnaie nationale soit soutenue et souligne les difficultéséconomiques du pays à cause des conspirations étrangères.

Perte de valeur

« Erdogan a appeléses ressortissants il y a 18 mois à remettre leurs dollars américainset investir leurs économies dans la livre », explique TheEconomist. « Des récompenses spéciales ont même été fourniespour soutenir l’opération. En un rien de temps, le gouvernement turca recueilli plus de 440 millions de dollars (385 millions d’euros) d’économies de la partde la population. » En termes de dollars, ceuxqui ont suivi les conseils de M. Erdogan il y a 18 mois ont perdu unquart de leur trésorerie.L’effondrement de la livre, qui a perdu untiers de sa valeur par rapport au dollar depuis le début de l’étatd’urgence en juillet 2016, poussant l’inflation à deux chiffres, aépargné peu de personnes en Turquie.

Alors qu’Erdogan rapportetous les problèmes du pays à des forces étrangères, The Economistestime que le président lui-même est responsable de la plus grandepartie de la dette. Au cours des dernières années, il a privilégiéle crédit et la forte croissance par rapport à l’inflation. En mai,après avoir annoncé qu’il exercerait plus de contrôle sur labanque centrale dans les années à venir et proclamé, bizarrement,que les taux d’intérêt élevés provoquent l’inflation, la livreest entrée en chute libre. Une récupération n’a eulieu qu’après qu’il ait permis à la banque nationale de mettreœuvre deux majeures de taux d’intérêt en deux semaines. Selon divers observateurs,le problème de l’économie turque va bien au-delà des tauxbancaires,

« Une questionfondamentale est la perte de confiance dans le fonctionnement dusystème économique et de la politique monétaire », expliqueSeyfettin Gursel, le directeur de Betam, un groupe de réflexion. « En outre, lesconséquences des élections législatives doivent être examinées.En effet, de nombreux investisseurs étrangers ont été trèschoqués par les changements constitutionnels annoncés par leprésident qui lui conféreront d’énormes pouvoirs. « 

« Comme toujours,l’équipe gouvernementale actuelle a promis des réformes, un retourà l’indépendance et une discipline budgétaire, mais les signaux nesont guère rassurants. Au cours des deux derniers mois, legouvernement de M. Erdogan a lancé une campagne de dépenses pourséduire les électeurs, offrant des bonus de plus de 400 dollars (347 euros) paran à chacun des 12 millions de retraités, des allègements fiscauxpour les nouveaux acquéreurs et une amnistie pour l’argent et l’oret autres actifs importés de l’étranger. »

Période de floraison oudéclin

L’économie turque a uneforte période de floraison sur le papier. « Au cours du premiertrimestre, le produit intérieur brut du pays a augmenté de 7,4% parrapport à la même période l’année dernière », reconnaît TheEconomist. « Cependant, c’était principalement dû à un empruntgigantesque qui a été réalisé, ce qui a cédé la place à unegueule de bois. »

« Le déficit ducompte courant a atteint 5,4 milliards de dollars (4,6 milliards d’euros), contre 3,7milliards de dollars (3,2 milliards d’euros) l’année dernière, avec une forte contraction desinvestissements étrangers directs au cours des trois dernièresannées. » Selon Zumrut Imamoglu, économiste en chef, avec uncrédit qui s’assèche et des sociétés assises sur une montagne dedettes, un net ralentissement de la croissance est inévitable.

« Dans de nombreuxendroits, les signes d’un ralentissement et d’une crise monétairedeviennent plus clairs », poursuit le magazine. « L’industriede la construction a connu un boom pendant quelques années, maissubit maintenant une forte pression. Les prix du ciment, du fer etd’autres matériaux de construction ont explosé. Les agriculteurslocaux sont confrontés à des problèmes similaires. »

« Depuis que Erdoganest arrivé au pouvoir il y a plus de quinze ans, la taille del’économie turque a doublé, une croissance qui a été à la basedu succès politique d’Erdogan et de son parti AKP, mais ce n’estpeut-être pas le cas. La plupart des Turcs disent que l’économieest leur plus grande préoccupation lors des élections ».

Propagande

D’un autre côté, selonThe Economist, il y a peu de perspectives de changement. « Lapropagande du gouvernement Erdogan a apparemment eu l’effetescompté », note-t-on. « Les recherches ont montré queseulement 4% des électeurs de l’AKP attribuent les problèmeséconomiques à la politique du gouvernement. »

« D’un autre côté,65% des personnes interrogées pensent qu’il s’agit « d’uneopération contre la Turquie par des puissances étrangères,beaucoup croient en un complot visant à renverser Erdogan et àprovoquer une crise en Turquie ».  

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