Les neuf étapes de l’évolution des effets d’un QE ou comment, après les États-Unis et le Japon, l’Europe aussi sombrera dans un mirage

Dans Bloomberg, Mohamed El Erian décrit les conséquences d’un assouplissement monétaire (aussi appelé quantitative easing, ou QE), c’est-à-dire une politique monétaire qui consiste pour la banque centrale d’un pays à injecter massivement des capitaux sur le marché monétaire afin de favoriser le crédit, et de faire redémarrer l’économie de ce pays. El-Erian est l’ex-CEO de Pimco, une compagnie qui gère le plus grand fonds d’investissement obligataire du monde. Selon lui, les effets d’un QE – un tel programme vient d’être lancé ce mois-ci dans la zone euro – évoluent selon un schéma qui se décompose en 9 étapes :
 
  1. Tout d’abord, le QE suscite l’enthousiasme des agents économiques. Les marchés boursiers montent, la monnaie perd de sa valeur, ce qui favorise les exportations. Ce phénomène, qui s’était produit au Japon et aux Etats-Unis, est actuellement observable en Europe.
  2. L’enthousiasme des marchés se communique aux entreprises et aux ménages, et on assiste à un regain de confiance. Les ménages et les entreprises pensent que la banque centrale s’engage davantage pour stimuler l’économie.
  3. Ce sentiment conduit à une plus grande activité économique, mais ce phénomène tend à se concentrer sur les secteurs avec un horizon à court terme, et notamment ceux qui se caractérisent par des investissements plus rapides à mettre en œuvre.
  4. Les gouvernements sont aussi gagnés par cette euphorie. Mais plutôt que de profiter de cet élan pour adopter des réformes structurelles, ils préfèrent compter totalement sur les efforts de la banque centrale, et se bornent à tenir un rôle passif.
  5. Mais le QE a aussi pour effet de réduire la valeur des créances et de l’épargne. Celle-ci est aussi de moins en moins bien rétribuée, du fait de taux d’intérêt plus faibles. Seule la partie la plus favorisée de la population, qui détient des capitaux placés en bourse, bénéficie réellement de l’aubaine résultante de la hausse des cours des titres. L’inégalité s’accroît donc au sein de la société.
  6. L’euphorie des débuts se meut peu à peu en inquiétude. Les analystes économiques commencent à évoquer la formation de « bulles » sur les marchés financiers. Cette inquiétude gagne ensuite les politiciens et les banquiers centraux. Finalement, même les investisseurs sur les marchés financiers se mettent à penser que la situation est intenable.
  7. Les effets superficiels du QE sur la demande commencent à s’atténuer, et l’activité profite de moins en moins de cet élan. En effet, comme les dirigeants n’ont pas fait passer les mesures structurelles qui s’imposaient, on ne constate pas de hausse structurelle de la demande. Les dettes ne peuvent pas être continuellement remboursées en générant de nouvelles dettes. Normalement, cet argent devrait provenir d’activités économiques renouvelées et stables, mais les problèmes n’ayant pas été résolus, la croissance n’a pas repris vigoureusement.
  8. En dépit des signes et des indicateurs économiques de plus en plus inquiétants, les secteurs public et privé répugnent à envisager la fin de la politique monétaire. Non pas qu’ils ne comprennent pas qu’elle comporte de plus en plus de risques, mais ils pensent que l’assouplissement quantitatif est le moindre de tous les maux, et la solution la plus faisable. Cette idée est particulièrement répandue chez les politiciens et sur les marchés financiers, deux groupes qui réagissent majoritairement en fonction de perspectives de court terme.
  9. Les banques centrales, qui avaient misé sur une intervention plus grande du gouvernement, voient leur efficacité et leur crédibilité remises en cause, avec, à la clé, une menace pour leur autonomie opérationnelle. En effet, les politiciens réagissent en exigeant une plus grande responsabilité et des normes plus élevées pour leur fonctionnement.
 
El-Erian prédit que ce scénario, qui s’est appliqué aux États-Unis et au Japon, va maintenant être dupliqué en Europe. Une prédiction moins évidente verrait enfin les politiciens prendre leurs responsabilités, ce qui ne s’est produit ni au Japon, ni aux États-Unis, sans parler de l’Europe.
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