‘Les Nazis n’étaient pas de simples exécutants d’ordres dans les camps de concentration’

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Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, lorsque la libération des camps a révélé toute l’horreur de l’Holocauste, on s’est demandé comment les nazis avaient pu commettre tous ces crimes. Des expériences menées par Stanley Milgram entre les années 1960 et 1963 et qui avaient cherché à évaluer le degré d’obéissance des individus soumis à une autorité avaient montré que près de 62,5% des sujets étaient prêts à infliger 3 décharges électriques de 450 volts parce qu’ils en avaient reçu l’ordre (Ci-dessous, un extrait du film « I comme Icare » de Henri Verneuil, qui avait présenté cette expérience fascinante). Plus tard, les recherches de Philip Zimbardo dans la prison de Stanford permirent de conclure que les gens se contentaient de suivre les ordres. Au cours des procès de Nuremberg, les responsables des camps se sont appuyés sur ses conclusions pour expliquer qu’ils n’avaient fait que suivre les ordres.

Mais une nouvelle étude menée par une équipe écossaise vient de bouleverser ces notions. Le professeur Stephen Reicher de l’Université de St Andrews et le Professeur Alex Haslam de l’Université de Queensland, en Australie, ont étudié les réactions de détenus qui se voyaient confier le rôle de gardiens. Ils ont constaté que ceux-ci pouvaient être brutaux mais seulement lorsqu’ils s’identifiaient à ce poste de gardien et lorsqu’ils croyaient que leurs actions étaient nécessaires pour garder le contrôle.

« Une série d’examens minutieux de faits historiques ont testé l’idée selon laquelle les bureaucrates nazis étaient de simples exécutants d’ordres. Cela a pu être la défense sur laquelle ils se sont fondés pour minimiser leur culpabilité, mais les preuves montrent que des fonctionnaires comme Eichmann (pendu en 1962 pour le rôle qu’il a joué dans l’organisation de l’Holocauste) avaient une très bonne compréhension de ce qu’ils faisaient et qu’ils étaient fiers de l’énergie et de l’application qu’ils consacraient à leur travail », écrivent-t-ils.

« Typiquement, les rôles et les ordres donnés étaient vagues, et de ce fait, pour ceux qui souhaitaient faire avancer la cause nazie – tous ne le voulaient pas – la créativité et l’imagination étaient nécessaires pour atteindre les objectifs assumés du régime et pour surmonter les obstacles associés à toute tâche donnée », expliquent les chercheurs. « Le point fondamental, c’est que la tyrannie n’éclot pas parce que ceux qui la perpètrent sont impuissants et ignorants de leurs actions. Elle se développe parce qu’ils s’identifient activement avec ceux qui présentent ces actes mauvais comme étant vertueux. Cette conviction leur donne la détermination de faire leur sale boulot et elle les fait travailler avec énergie et créativité pour s’assurer de leur succès. De plus, ce travail est quelque chose qu’ils revendiquent activement et dont ils veulent prendre la responsabilité, du moment que cela leur permet d’obtenir l’approbation de ceux qui commandent ».

Ils affirment que les actions des gens sont motivées par une « moralité à laquelle ils croient ». « En bref, les gens font du mal non pas parce qu’ils ne savent pas que ce qu’ils font est mal, mais parce qu’ils croient que ce qu’ils font est bien », conclut Haslam

Processus de soumission à l’autorité par fourgeas

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