Politique

Les ‘gilets jaunes’ doivent-ils être pris au sérieux? oui, plutôt

Le mouvement de protestation des gilets jaunes, qui a mis la France à l’arrêt samedi, a également commencé à affluer vers notre pays.

Les « gilets jaunes » bloquent spontanément les raffineries, les stations service, les autoroutes et les intersections. Le nombre des manifestations augmente jour après jour. La protestation visait à l’origine les projets du gouvernement Macron de prélever des taxes supplémentaires sur le carburant (6 centimes d’euros sur le diesel et 3 centimes sur l’essence, alors que le prix du baril de pétrole a diminué de 20% ces dernières semaines).

Mais mercredi, les provinces wallonnes ont également protesté énergiquement contre les prix élevés du carburant, de sorte qu’il manque un ou plusieurs produits pétroliers dans certaines stations-service belges. C’est le cas, par exemple, de Total et de DATS 24. Les activistes ont bloqué les routes dans la nuit de mardi à mercredi, lancé des bombes fumigènes et des feux d’artifice et menacé plusieurs journalistes français.

Devons-nous prendre les ‘gilets jaunes’ au sérieux?

Pour la première fois, les deux pays sont donc confrontés à un mouvement de protestation coordonné uniquement via Internet et ne disposant pas d’une structure intermédiaire formelle. Ce ne sont pas les syndicats ou les partis politiques qui appellent à la protestation, mais simplement des citoyens mécontents. « Le mouvement est pris au sérieux », écrit le spécialiste de l’impôt Michel Maus sur le site du radiodiffuseur public, « car il montre qu’il existe des limites à la capacité d’endurance fiscale des citoyens ».

L’économie française s’est détériorée samedi

Entretemps, le site économique français BFM a recueilli une série de chiffres indiquant que les « gilets jaunes » avaient réussi à porter un coup sérieux à l’économie française samedi dernier. Quelques données :

  • Le volume des achats payés avec une carte bancaire, qui avaient été au nombre de 51 millions la semaine dernière, ont diminué de plus de 26 %, passant à 37,6 millions. Par rapport à il y a deux semaines, on constate encore une diminution de 21 %.
  • Le nombre d’achats dans les centres commerciaux a baissé de 39 %. Vendredi, toutefois, on a enregistré 13 % « d’achats de précaution » supplémentaires, et ce chiffre a même atteint 54 % dimanche matin. 
  • Les hypermarchés ou grands supermarchés ont vu leur chiffre d’affaires chuter de 55 % samedi, alors que l’Union française des horlogers et de la bijouterie a déploré une baisse des ventes de ses adhérents de 68 % par rapport à la normale. 

Au sein de l’UE, c’est en Belgique que le diesel est le plus cher

Bien que la manifestation dans notre pays n’ait pas encore provoqué le même chaos qu’en France, où on déplore 2 morts, le gouvernement belge ferait également mieux de ne pas sous-estimer l’importance politique des gilets jaunes, écrit Maus . Car cette semaine, on a appris que nulle part ailleurs au sein de l’UE, le diesel n’est aussi cher qu’en Belgique.

Maus : « Il est clair que c’est surtout l’homme de la rue, moins à l’aise financièrement, qui est touché par les taxes élevées sur le carburant, et non pas l’homme des beaux quartiers qui peut tout se permettre financièrement, et n’est donc pas gêné par des prix élevés du carburant. La conduite automobile menace d’adopter un côté élitiste et les manifestations en France et en Belgique montrent que ce n’est clairement plus accepté par les citoyens. […]

Parce que s’il ya une chose que les citoyens qui protestent actuellement en France et en Wallonie, c’est qu’il existe des limites à la capacité d’endurance à la pression fiscale des citoyens. » 

En Allemagne, certains attribuent même l’impopularité du gouvernement Merkel IV à sa politique désastreuse en matière de diesel, plutôt qu’à l’immigration.

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