L’effet Streisand, ou comment attirer l’attention en voulant la détourner

En 2003, la chanteuse et actrice américaine Barbra Streisand a porté plainte contre le photographe Kenneth Adelman, car il avait publié une photo de sa villa spectaculaire sur la côte de Malibu. La chanteuse avait réclamé 50 millions de dollars pour violation de vie privée. 

Le cliché d’Adelman faisait partie d’un ensemble de 12.000 photos que le photographe avait prises pour témoigner de l’érosion de la côte californienne. Il avait pris ces photographies d‘un hélicoptère et avait entièrement financé ce travail de sa poche. Les photos étaient publiées sur le site California Coastal Records Project, accessible à tous.

Mais en Mars 2003, la Cour suprême de Los Angeles a débouté l’actrice, le tribunal estimant qu’Adelman avait agi par altruisme, que son travail présentait un intérêt pour le public, et qu’il devait être publié au nom de la liberté d’expression.

L’affaire a finalement pris des proportions telles, qu’aujourd’hui, on parle d’effet Streisand lorsque quelqu’un, ou un organisme, qui essaie de dissimuler quelque chose par des mesures légales ou autres, provoque ce faisant le contraire, et décuple l’attention consacrée à ces sujets. Lorsque les médias s’emparent de ces sujets, ils attisent la curiosité du public. Ainsi, dans le cas de l’affaire de la villa de Barbra Streisand, un mois après la décision du tribunal, 420.000 personnes avaient déjà consulté la photo de la villa de la chanteuse à Malibu.

Récemment, deux autres exemples de l’effet streisand nous ont été donnés : celui du footballeur Ryan Giggs et de la maison de couture américaine Ralph Lauren. Le joueur du Manchester United avait réclamé l’application d’une superinjunction, une disposition légale interdisant aux médias de le nommer dans une affaire d’adultère révélée par une starlette, Imogen Thomas. Cependant, il était difficile de faire respecter cette injonction de silence dans la sphère du micro-blogging, et le nom du joueur a été mentionné par 75.000 utilisateurs de Twitter. L’affaire a pris des proportions sans précédent et le footballeur a dû admettre qu’il avait bien eu une liaison avec cette actrice, et plus tard, qu’il avait également eu des relations avec sa belle-sœur.

En 2009, Ralph Lauren a publié une photo du mannequin Filippa Hamilton sur son catalogue japonais. La photo avait été retouchée de telle sorte que le modèle y apparaissait extrêmement mince, tellement mince, même, que sa tête semblait plus large que sa taille. Le site Boing Boing a publié cette photo qui a provoqué une émeute sur internet. La maison de couture a réagi en portant plainte contre Boing Boing, pour violation de droit d’auteur. Mais après la disparition de la photo d’internet, la justice a donné raison aux bloggers qui se sont justifiés en expliquant qu’ils voulaient publier la photo à des fins d’information et de critique. Bientôt, l’image est réapparue en en masse sur d’autres supports. Le styliste a fini par réagir en invoquant une erreur : « Après une enquête plus approfondie, nous avons appris que nous sommes responsables des mauvaises mise en image et retouche de photo, qui ont abouti à une image très déformée du corps d’une femme ».

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