L’establishment occidental doit se ressaisir de toute urgence (et cesser de tenter de faire peur aux électeurs)

Dans plusieurs parties du monde, des dizaines d’analystes de renom ont publié des scénarios apocalyptiques pour influencer les électeurs en faveur du maintien de l’establishment. Dans ces scénarios, ils décrivent les horreurs qui nous attendent si Donald Trump gagne l’élection présidentielle américaine, si Marine Le Pen arrive au pouvoir l’année prochaine en France, ou si le Premier ministre italien Matteo Renzi doit remettre sa démission suite à l’échec du référendum sur les réformes qui doit se tenir en décembre. La campagne qui a mené au résultat du référendum en faveur du Brexit nous a pourtant appris toute une série de leçons importantes dans ce domaine, écrit le spécialiste de l’Europe, Wolfgang Münchau, dans le Financial Times. Ces leçons sont importantes, parce qu’il semble que les mêmes erreurs qui avaient été commises au Royaume-Uni par les tenants du « stay » sont en train d’être reproduites avec enthousiasme par l’establishment d’autres pays, écrit-il.  Ce sont les suivantes :

1. Il ne faut pas se fier aux sondages

Des millions de Britanniques qui n’étaient jamais allés voter auparavant, ont décidé de se rendre aux urnes pour se prononcer sur la question du brexit. Comme le taux de participation est le seul facteur décisif, il n’est pas possible de se fier aux sondages, y compris aux meilleurs d’entre eux.

2. Il ne faut pas aggraver le problème

L’Occident est confronté à une révolte contre la mondialisation et ses institutions. Les gens se trompent peut-être en associant leur baisse de revenus avec l’immigration et le libre-échange, mais diffuser des études publiées par des think tanks libéraux ne suffira pas pour les en dissuader. Pour cela, il faut mettre en œuvre des politiques crédibles capables de juguler l’érosion des revenus réels. Le gouvernement britannique n’a pas compris cela, et c’est une des raisons essentielles de l’échec de la campagne pro-UE au Royaume-Uni.

3. Il ne faut pas dénigrer ou offenser les électeurs

Plus on insulte les électeurs du camp opposé, et plus on mène les indécis à rejoindre leur camp. A cet égard, Hillary Clinton a commis une erreur colossale lorsque elle a dit que l’on pouvait mettre “la moitié des électeurs Trump dans ce qu’elle appelait le panier des  lamentables ».

4. Il ne faut pas tenter d’effrayer les électeurs

Le terme « Project Fear » (‘le projet de la peur’) a été forgé par les tenants du brexit lorsque des politiciens qui faisaient campagne pour le maintien du Royaume-Uni dans l’UE ont commencé à tenter de susciter la peur des électeurs en leur présentant des scénarios  décrivant les conséquences potentielles d’un brexit. On leur expliquait que leur pays allait sombrer dans une crise économique épouvantable, ou que la City perdrait sa suprématie financière.Mais une population qui n’a pas eu de réelle augmentation de salaire en dix ans ne redoute plus la menace d’une nouvelle récession. Et pour la classe moyenne britannique, qu’importe ce que la City de Londres pourrait devenir en cas de brexit ? Ces arguments étaient non seulement exagérés et dépourvus de fondement politique ou économique, mais ils n’avaient plus la capacité de toucher les électeurs.

5. L’improbable peut devenir soudainement inévitable

« Le Brexit est un exemple frappant des dynamiques qui mènent à des votes de protestation dans les démocraties de l’Atlantique Nord. Il nous rappelle à quelle vitesse des positions fermement enracinées de l’establishment peuvent s’effriter, et comment l’improbable peut soudain devenir inévitable. L’establishment occidental doit se ressaisir. »

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