Politique

Le Venezuela menacé d’un scénario « à la syrienne »

Plus de 30 jours après que Juan Guaidó, avec le soutien des États-Unis, du Canada, des pays les plus importants de l’Union européenne et du Japon, ait été proclamé président par intérim du Venezuela, Nicolas Maduro est toujours au pouvoir.

Maduro a perdu quelques centaines de soldats, il en a encore 350 000…

Un premier test visant à évaluer dans quelle mesure l’armée est toujours de son côté a été revendiqué samedi par Maduro comme une victoire. Entre les 4 morts et les centaines de blessés qui sont tombés à la frontière colombo-vénézuélienne et brésilo-vénézuélienne, divers médias ont également rapporté la désertion de 156 soldats vénézuéliens. Ils sont passés de l’autre côté de la frontière. Pas vraiment des chiffres qui pourraient inquiéter Maduro. Les forces vénézuéliennes comptent 350 000 soldats et plus de 4 000 généraux, dont la moitié a été nommée par Maduro lui-même.

Les soldats pensent à eux-mêmes, pas au bien-être de la population

Alors que le Venezuela n’avait que 50 généraux en 1993, il y en a aujourd’hui plus de 4 000. Des dizaines de sociétés militaires ont été créées depuis l’entrée en fonction de Maduro. Le pouvoir de l’armée dans le pays est énorme. En 2017, 14 des 33 ministères étaient entre les mains de militaires actifs ou d’anciens militaires. Ils gouvernent la moitié des 23 provinces.

Ils s’octroient de fortes augmentations de salaire et bénéficient d’un accès privilégié à l’alimentation et au marché du logement. L’armée peut mettre la main sur des contrats lucratifs, contrôler le commerce des devises et vendre du pétrole bon marché avec des profits usuraires aux pays voisins. Mais les chances que l’armée tourne le dos à Maduro restent minimes. Les militaires pensent à eux-mêmes plutôt qu’au bien-être de la population.

Un scénario à la Syrienne ?

À Bogota, les représentants du groupe de Lima et d’autres pays occidentaux qui ont accueilli le régime de Maduro se sont rencontrés lundi avec Guaidó. Parmi eux, le vice-président américain Mike Pence. Selon les États-Unis, toutes les options sont ouvertes pour accélérer la transition vers une présidence intérimaire de Guaidó. Le groupe de Lima est d’accord sur le fait que Maduro doit partir. Mais il n’y a pas unanimité sur la façon dont cela va se passer.pour que Maduro parte. Mais il n’y a pas d’accord sur la façon dont cela se passera. Au Venezuela, Maduro qualifie maintenant son adversaire Guaidó de « marionnette » de Trump. Ce dernier ne voudrait que du pétrole vénézuélien.

Sur la chaîne de radio française Europe 1, l’ancien Premier ministre français Dominique de Villepin a mis en garde contre un scénario à la syrienne. De Villepin connaît le Venezuela : il y a vécu 4 ans et a étudié au lycée de Caracas.

Selon le Français, un conflit armé doit être évité à tout prix. Un tel conflit n’aurait guère d’autre effet que de renforcer le discours anti-impérialiste de Maduro.

Le Venezuela est au carrefour de 2 mondes

Selon Villepin, le Venezuela est au carrefour de deux idéologies. D’une part, le modèle démocrate-libéral occidental, qui traverse aujourd’hui une période très difficile sous l’impulsion du populisme. D’autre part, les régimes autoritaires qui gagnent de plus en plus d’influence dans les économies émergentes. Maduro peut toujours compter sur le soutien, par exemple, de la Russie et de la Chine. Ces pays ont accumulé des intérêts financiers majeurs dans son pays.

C’est pourquoi la médiation est préférable à un conflit militaire, selon l’ancien Premier ministre. « Le blocus du Venezuela est complet. Il y a un mois, Donald Trump pensait que le régime de Maduro allait tomber comme unn fruit mûr. Les Européens le pensaient aussi. Un scénario similaire était également prévu en Syrie il y a 8 ans. Mais Bachar Al-Assad est toujours aux commandes. »

Nulle part ailleurs on ne trouve un sentiment plus anti-américain qu’au Venezuela

Quiconque promeut un conflit armé joue avec le feu, conclut de Villepin. « Bien que la situation catastrophique du Venezuela ait changé le profil du Vénézuélien moyen, les Vénézuéliens ont une immense allergie pour tout impérialisme américain. Aucun pays d’Amérique latine n’est plus marqué par son opposition à l’impérialisme américain que le Venezuela. »

De Villepin insiste sur la médiation, non pas de la part du groupe de Lima et des États-Unis, mais de l’Union européenne, de l’Uruguay et du Mexique. « Le risque d’un bain de sang demeure en effet. Maduro bénéficie encore du soutien d’une partie de la population, de l’armée et d’une série de groupes paramilitaires. »

Que se passera-t-il après Maduro ?

De Villepin a raison sur ce point. Car si Nicolas Maduro disparaît demain, le nouveau leader devra encore se frayer un chemin entre les différents groupes mafieux qui ont pris le contrôle du pays.

  1. Les colectivos ou gangs armés de la capitale Caracas sont responsables du désamorçage de tous ceux qui s’opposent au régime
  2. Des mouvements criminels régionaux contrôlant le trafic de drogue et l’exploitation minière illégale. Ils travaillent avec la police, les politiciens régionaux et disposent d’un vaste réseau de criminalité transnationale.
  3. Des militants étrangers, pour la plupart des rebelles colombiens qui font partie de l’ELN, le dernier mouvement insurgé dans le pays voisin et qui ont toujours pu compter sur la protection de Chavez, puis de Maduro.

Même si un changement de régime se produit « sans recours à la force ou à une intervention armée étrangère », ces groupes tenteront toujours de renforcer leur pouvoir pendant la période de vacance du pouvoir temporaire qu’un tel changement de régime entraîne.

Enfin, de Villepin rappelle que la solution pour le démantèlement du mouvement des FARC en Colombie a été négociée par Cuba, et non par les puissances occidentales.

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