Le régime d’Erdogan se durcit: un manifestant qui masque son visage risque 4 ans de prison

Mardi, la Turquie a adopté un package controversé comprenant plus de 16 paragraphes se rapportant à la sécurité, malgré les fortes protestations de l’opposition, des organisations des droits humains et des avocats. Le journal turc Hürriyet Daily News a critiqué une extension inquiétante des droits de la police :

« Le risque est grand que cela soit pris comme un chèque en blanc par la police de tirer sur les manifestants susceptibles de porter des « armes potentiellement dangereuses » telles que des pierres. En outre, il est aussi possible que des manifestants totalement pacifiques se fassent tirer dessus parce que quelques extrémistes violents se trouvaient parmi eux. (…)

Le régime d’ErdoÄŸan (qui est maintenant un terme plus adéquat que «gouvernement de l’AKP») semble être entré dans une phase de « fin des gentillesses ». Au cours des 2 dernières années, la rhétorique politique du régime a consisté principalement à diaboliser les opposants en les présentant comme des traîtres, des espions et des terroristes. (…) Cette rhétorique politique culmine maintenant à sa conclusion logique ».

Les mesures les plus controversées adoptées sont les suivantes:
  • La police pourra mener des écoutes téléphoniques sur une personne pendant 48 heures sans nécessiter de mandat du tribunal. Jusqu’à présent, elle ne pouvait le faire que pendant 24 heures.
  • La police n’a besoin d’aucune ordonnance du tribunal pour fouiller les suspects, les obliger à se déshabiller ou fouiller dans leurs voitures. Un responsable de la police nommé par une autorité administrative telle qu’un gouverneur de province pourra ordonner une fouille corporelle, ou une fouille de voiture. Pendant 24 heures, toute personne pourra être à la merci de la police en Turquie, avant que le juge ne soit impliqué. Depuis 2007, la police turque ne pouvait mener de fouilles corporelles sans mandat du tribunal.
  • La loi donne la possibilité à la police d’incarcérer une personne pendant 24 heures sans que celle-ci ait la possibilité de rencontrer un juge, si elle estime que cette personne a été arrêtée en flagrant délit. Le délai de détention est porté à 48 heures pour les cas de « délits collectifs ».
  • La police peut utiliser des armes à feu contre des manifestants qui jettent des cocktails Molotov, des explosifs, ou des produits inflammables, ou toute arme similaire. La possession de lance-pierres, qui sont maintenant classés comme des armes, est passible de 30 à 48 mois de prison. Les manifestants qui cachent leur visage derrière un foulard ou un masque peuvent se voir punis de la même sanction.

L’ex-Miss Turquie Merve Büyüksaraç vient de faire personnellement l’amère expérience du durcissement du régime turc. Elle encourt jusqu’à deux ans de prison pour avoir posté un poème satirique à propos du président Erdogan sur son compte Instagram. Selon l’acte d’accusation du procureur, « Les remarques partagées par la suspecte ne pouvaient pas être considérées comme relevant de la liberté d’expression ».

Büyüksaraç a expliqué qu’elle avait trouvé ce poème sur le magazine humoristique Uykusuz, et qu’elle l’avait supprimé rapidement lorsque l’un de ses amis l’avait avertie qu’il pouvait contrevenir à la loi turque. « Je l’ai partagé parce que je le trouvais drôle. Je n’avais pas l’intention d’insulter le président », a-t-elle dit. 

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